. Textes de la messe :
Romains 8,31-39
Psaume 115
Jean 15,8-17
Tressaint

Homélie de la messe de sépulture        P. Hervé Gosselin

Quelques dates
Dernière mission

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


"Oui, ce que je vous commande, c'est de vous aimer les uns les autres".


En fils obéissant et en signe de ma profonde affection et reconnaissance pour le père,
je veux commenter les textes que nous venons d’entendre, et qu’il a choisis
lui-même pour cette messe d’action de grâce. Il m'a demandé de le faire - lourde
tâche -. Cela ne vous étonnera pas de lui si je vous dis que la commande est très
précise :
il s’agit donc moins de parler de lui que d’insister sur l’unité dans la charité qui aura
été pour lui, je le cite « ma passion, ma joie et ma souffrance pendant tout le temps
de ma vie de prêtre et surtout de père de foyer
 ».
Je voudrais, ajoute-t-il, « que tu parles du prêtre et du foyer de charité : si quelque
chose a un peu de valeur dans ce que j’ai vécu c’est à travers mon sacerdoce, en
église et en particulier dans le cadre du foyer de charité. »

L’unité dans la charité, voilà ce que le père veut nous dire aujourd'hui, qu'il nous a
transmis et que nous voulons continuer à vivre.
L'unité dans la charité, c’est la communion, et la communion c’est accueillir la vie
de Dieu, lui ressembler et transmettre la vie : n’est-ce pas ce qui caractérise le
mieux la vie du prêtre ?


Avant la procession d'entrée.
1. Prêtre pour la Vie


Le prêtre est prêtre pour l’éternité et il l’est également pour donner la vie.
Le père a reçu la vie et, parce qu’il l’a reçue, il a pu la transmettre. Sa première
expérience de l’unité dans l’amour sera familiale : que de chemin parcouru depuis
le jour de sa première communion où il reçoit l’appel au sacerdoce, depuis le jour
où, au Mans, il est ordonné prêtre, prêtre professeur de maths et aumônier scout
avant de faire cette rencontre décisive des Foyers, avec Marthe, le P. Finet et où il
a l’audace de fonder le foyer de Tressaint en 66 avec Françoise, Monique  et
Marie-Françoise, maintenant au Foyer de Spa.

Le prêtre est père car, dans le Christ, il est appelé comme lui à faire l’œeuvre du père
et à transmettre la vie : par Lui, avec Lui et en Lui.
C’est en étant uni au Christ que le prêtre peut témoigner de l’amour du Père :
c’est parce qu’il reçoit la vie qu’il peut la donner. La communion nous précède et elle
est trinitaire : c’est en entendant les appels de l’Esprit que nous pouvons entrer dans
ce Royaume et nous le faisons grâce au prêtre qui reçoit sa mission de l’Eglise.

La fécondité du ministère du père, c’est la famille qu’il a fondée selon la volonté de
Dieu et qui a grandi par grâce. De nombreuses vocations et conversions sont liées
à son apostolat. L’ordinaire du prêtre c’est de donner la vie.
L’homme est appelé à être fécond.
La vie c’est pour donner la vie, et la vie c’est la communion.


  Vers le cimetière de Tressaint

2. Emporté par la passion de la vie (ou comment être père ?)
 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 


Ce qi caractétrise également le père, c'est sa personnalité : passionné, passionné
de la communion, de la vie, de l'annonce de l'Evangile.
Passion des hommes, passion des âmes :
« Malheur à moi si je n’évangélise pas ».

Prédication : « La prédication est une œeuvre pascale » disait le cardinal Newman,
c’est-à-dire qu’elle transforme le prédicateur qui souvent   s'évangélise lui-même,
entendant ce qu'il devrait faire pour être conforme à ce qu'il annonce.
Oeuvre pascale parce que celui qui écoute est appelé à se laisser transformer.
Le père a été un homme de la Parole. Il a tiré sa force, non pas seulement de ses
talents personnels, mais de l’Evangile lui même, Jésus, le Verbe de Dieu qui a pu
parler par son serviteur.
Nombreux sont les témoignages d’anciens retraitants qui disent combien une retraite
et la parole du Père ont été déterminantes dans leur chemin de foi, recevant des lu-
mières pour diriger leur vie, des forces dans l’épreuve;
Le père a aimé parler, mais également il avait toujours, et cela m'étonnait dans
les derniers temps, cet arrachement lorsqu'il fallait parler. Cela est plein d'ensei-
gnement pour les jeunes prédicateurs : il faut donner de soi-même, c'est toujours
une aventure parce que je ne peux pas compter sur mes propres forces mais sur
l'Esprit.

Le père a aimé cette retraite fondamentale qui est notre charisme propre.
Récemment il écrivait :
« La retraite fondamentale est source de nombreuses grâces : elle permet de
former de « militants » qui pourront prendre des responsabilités dans les paroisses
et les mouvements ; elle éduque à la prière le peuple de Dieu qui se rassemble à
l’écoute de la parole de Dieu. Elle fournit un cadre théologique comme une colonne
vertébrale pour la pensée, autour de laquelle chacun pourra faire sa propre synthèse.
Elle suggère de réunir autour des prêtres, dans la prière et dans l’action, de petites
équipes, embryons de
communautés ecclésiales qui feront de véritables petits
foyers de charité, selon le mot de Marthe ».
Donner la vie, c'est donner la parole. C'est également, bien sûr, donner les
sacrements.

Sacrements : particulièrement l’eucharistie et la réconciliation. Le père disait :
« Si j’ai pu donner le Christ au monde, c’est l’eucharistie qui m’a porté jour après jour.
Si je n’avais pas eu cette eucharistie quotidienne, je crois que je n’aurais jamais pu tenir».

Pour vivre la communion, il faut recevoir la communion et l’eucharistie célébrée,
adorée, contemplée.

La réconciliation : sa dureté apparente et parfois réelle n’empêchait pas une authen-
tique charité et une grande tendresse. La réconciliation, il l’a donnée, et pécheur,
elle a aussi été sa quête et sa prière.
Brigitte David m’écrivait quelques jours avant sa mort, et me donnait une citation de
Thomas Merton : « N’est-ce pas un portrait du père ? pour l’homélie de son
enterrement ! ! !  A vous de jouer… » :
« Le prêtre qui s’abandonne à l’amour de Dieu et qui prend sur lui la responsabilité
pour les péchés de tous et se solidarise envers tous, se place ainsi au-dessous
de tous, se reconnaît comme le dernier de tous et, au sens spirituel, lave les pieds
de tous, surtout de ceux au milieu desquels il vit. Dans son âme, règne une douceur,
une humilité, une compassion,  une abnégation, une puissance d’amour, une liberté
et une joie en Dieu telle que sa seule présence apporte l’Esprit Saint dans le cœeur
des hommes, les délivre de leurs péchés, et leur montre la voie du repentir et de la joie »
Le prêtre, le moine, poussés par l'Esprit, capables de ressembler à ce Christ
serviteur qui se met aux pieds de ceux dont il a la charge pour demander pardon,
pour être solidaire de leurs péchés afin de les en délivrer.

C’est dans la vie communautaire, familiale que le père a vécu cette dimension de
réconciliation. Accepter d’être père fait partie de la mission du prêtre et passe par
ce don de la miséricorde. D’où cette recommandation
qu’il faisait un jour à la commu-
nauté : « A tout moment, à toute heure, je dirais de jour comme de nuit, à tout jour de
la semaine, n’ayez pas peur de provoquer tout prêtre à être père en étant davantage
fils et fille, car votre besoin est sa grâce, votre faiblesse est sa force, comme ce fut
pour moi pendant toutes ces années".

Donner le pardon, c’est accepter d’être mangé et c’est donner la Vie.


La Vie est une passion.

Aimer c’est tout donner et se donner soi même.
« Est ce que le but de la vie c’est de vivre ?
Est-ce que les pieds des enfants de Dieu seront attachés à cette terre misérable ?
Il n’est pas de vivre, mais de mourir, et non point de charpenter la croix mais d’y
monter et de donner ce que nous avons en riant ! là est la joie, là est la liberté,
là est la grâce, là la jeunesse éternelle ! » ( L’annonce faite à Marie. Paul Claudel)


La contrariété, il l’a vécue avec ses pairs, avec ses responsables, avec ses conseils,
avec chacun d’entre nous. Il n’aimait pas beaucoup avoir tort…mais savait s’incliner.
La communauté l’a forgé, construit. Père, il a été lié à ses enfants, c’était parfois
source de souffrance, mais c’est normal ! : donner la vie ne va pas sans douleur.
Certains évènements ont été pour lui crucifiants mais, dans la foi, il a voulu lier ses
souffrances au Christ pour qu’elles deviennent sources de fécondité.
Il a vécu la dépendance dans les derniers temps et elle s’est exprimée par cette
sagesse qui a été la sienne de prévoir sa succession alors même que sa nature
s’y opposait, mais la Volonté de Dieu était prioritaire.

Infatigable ? non, car il était plutôt fatigué ces derniers mois mais, disait-il, "il vaut
mieux mourir de fatigue que d’ennui !"
. Il aura été jusqu’au bout, jusqu’à ne plus
avoir sa vie en mains puisque, la veille de sa mort, il disait à Françoise :
« Maintenant c’est à vous de décider, je ne peux plus ». Voilà la vie de l’apôtre,
mené par la confiance, et sûr de celui qui l’appelle.

« Mais maintenant, regardant en arrière, je vois avec quelle joie, avec quelle paix,
le Seigneur m’a permis ainsi de faire chaque pas et d’avancer comme un âne
qui assure son pas et ne sait pas trop où il va ».



Le Foyer s'assemble autour du cerceuil.

3. Vivre ensemble
 : « Que de richesses dans tant de pauvreté ! »

Sa joie d'être prêtre, le père l'a vécue parce qu'il était en communauté. C'est un
appel particulier mais également un témoignage, une prophétie pour le monde
d'aujourd'hui. S'il y avait un titre à donner de sa vie en communauté, il dirait :
"Que de richesses dans tant de pauvreté !"

« Le témoignage d’un seul, qu’il le veuille ou non, porte sa propre signature.
Le témoignage d’une communauté porte, si elle est fidèle, la signature du Christ »
(Madeleine Delbrêl).


« Sans toi il ne pourra rien faire, et toi tu ne pourras rien faire sans lui » disait Jésus
à Marthe en parlant d’elle et du Père Finet. D’où notre charisme fondateur : la
complémentarité entre les deux sacerdoces. Le père était conscient de sa pauvreté
et demeurait persuadé que la fécondité de son ministère était liée à la famille que le
Seigneur lui avait donné. Il comptait sur les talents de chacun, confiant dans la
puissance de Dieu qui se déploie à travers le Corps tout entier, malgré les faiblesses
des personnes.

La parole donnée est donnée par le prêtre et elle est d’autant mieux reçue qu’elle
est vécue par une communauté : c’est la dépendance dans l’amour.
C’est le témoignage de l’amour.

« Une communion profonde entre tous les membres de Foyer sera toujours source
de grâce pour les retraitants
". Par extension, une communauté ecclésiale unie est
appelante.
« Nos foyers de charité doivent devenir humblement, mais résolument, des labora-
toires de vie communautaire : à ce prix, ils auront rempli leur mission. D’où
l’insistance sur l’unité de la communauté : le père Finet et Marthe ne cessaient
d’insister sur la nécessité de vivre dans l’unité, « l’unité autour de la paternité :
cela restera votre vocation, toujours. .. L’unité entre nous, vous savez que c’est
notre vocation ».
Le prêtre est l’homme de la communion.

Notre devoir d’état c’est l’unité communautaire, c'est l’unité de l’Eglise pour que le
monde croie. Il faut apprendre à vivre ensemble, se réjouir de vivre ensemble !
La communauté, lieu du pardon et de la fête, nous l'expérimentons chaque jour.
Pour donner la vie, pour devenir père, il faut être de plus en plus fils,
fils de Dieu, fils de Marie. Le père a voulu vivre cette conversion permanente avec la
Vierge Marie pour modèle. Il l’a aimée concrètement. Pour lui, l’unité dans la charité
ne pouvait se vivre sans elle, sans les saints qui nous ont précédés.

Le prêtre est condamné à donner la vie ! c’est sa mission et sa passion.
Dans une confidence de Jésus à Marthe : « Je veux que tous les membres rayonnent
d’une vie profondément surnaturelle, par l’exercice incessant de la charité,
par un dévouement à toute épreuve et enfin par le don de soi à chacun et à tous
dans un don total à Dieu » ( Texte fondateur des Foyers).


Merci père de tout ce que vous nous avez donné.
Merci d'avoir suscité en nous le doût de la Parole, du service, de l'unité ; nous n'y
sommes pas encore, mais nous marchons vers..

André, mon frère et mon père, entre dans la joie de ton maître…
Et, comme il l’a désiré, je vous propose de dire ensemble l’acte d’abandon de
Charles de Foucaud, qui lui ressemblait bien peu puisque le Père de Foucauld
n'a jamais eu de communauté alors qu'il aurait voulu en avoir une, mais c'était
un de ses auteurs favoris pendant les derniers mois de sa vie  :

"Mon Père, je m'abandonne à toi,
fais de moi ce qu'il te plaira.
Quoi que tu fasses de moi, je te remercie, je suis prêt à tout, j'accepte tout,
pourvu que ta volonté se fasse en moi, en toutes tes créatures,
je ne désire rien d'autre mon Dieu ;
je remets mon âme entre tes mains, je te la donne, mon Dieu,
avec tout l'amour de mon coeur parce que je t'aime,
et que ce m'est un besoin d'amour de me donner,
de me remettre entre tes mains sans mesure, avec une infinie confiance,
car tu es mon Père."