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P. Hervé

Enseignement du P. Hervé Gosselin.
Retraite 2nde-term. Août 2002
Thème de la retraite :
"Vous êtes le sel de la terre
et la lumière du monde..."

 

 

 

 

 

Plan :
1. Qu'est-ce que la foi ?
a. Raison et coeur
b. Réponse à un appel
c. Proposition d'alliance

2. Les trois pieds de la foi.
a. La foi confessée
b. La foi célébrée
c. La foi vécue

3. La loi.
a. Exigeante
b. et pas exigeante.
 

 

 

 

 

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Introduction

Une des propriétés du sel est de conserver. Aujourd'hui encore, dans les campagnes, on conserve des aliments en les salant.
Et spirituellement ?
Est-ce que le baptême peut être conservé ? Oui ; le baptême me change
pour ma vie entière, sans que je puisse revenir en arrière, parce que, quand
Dieu a donné, il ne reprend pas. Le baptême, c'est pour toujours !
Est-ce que je pourrais alors le mettre dans le placard, l'environner de sel...
et le sortir de temps en temps, quand j'en aurais besoin ?...  Non, car le
baptême, au contraire, va me permettre de donner goût à ma vie, quotidiennement. Il s'agit donc pour moi de passer d'une vie de baptisé à une
vie de... baptisé ! C'est-à-dire passer d'une vie de baptisé dans laquelle le baptême est un "diplôme" que je mets sous un globe de verre ou dans un paquet de sel pour le conserver ("Seigneur ! je n'ai rien fait de mon baptême,
mais il est là, bien conservé!"... Cela rappelle la parabole des talents...), à une vie de baptisé qui donne goût à ma vie.Comment faire pour vivre en baptisé ? Chrétien, que faut-il faire pour bien faire ?
Tous les jours, nous sommes appelés à faire des choix. Par exemple, pour la
rentrée, il va falloir que je m'achète des chaussures ; alors, des Nike ou des
Adidas ? C'est un choix à faire... en fonction de mon goût, de mon budget, de
ce qui se présente...
Certains choix sont plus importants :
- Je rentre en terminale ; c'est le bac. Et après ?
- Et cette année, qu'est-ce que je vais faire ? Continuer les guides, le groupe
de jeunes de la paroisse, ...
- Et puis... je suis amoureux de Sylvie, qui n'est pas amoureuse de moi.
Ma vie sans elle n'a aucun sens. Comment continuer à vivre sans elle ?

Les hommes qui veulent grandir en humanité se posent des questions. Les
réponses sont parfois difficiles, mais il faut d'abord se poser les vraies
questions. Je suis fait pour le bonheur, pour aimer. J'ai en moi des désirs.
Il me faut écouter ce désir qui est en moi.
Je vous ai dit que j'avais été médecin.  Or l'autre jour, en retrouvant un bulletin de ma classe de 6ème, j'ai vu que j'avais écrit à cette époque-là que je voulais être médecin. J'ai écouté ce désir, et je l'ai accompli.
Ecoutez vos désirs. C'est la première chose pour marcher sur le chemin du
bonheur.

Tout ce que je fais me marque profondément. En prendre conscience, c'est
sortir un peu de l'enfance. Je suis responsable de mes actes, et je ne peux
pas dire : "Ce n'est pas grave... les parents sont derrière pour payer les pots cassés..." ;  "Je peux bien fumer un petit joint, ce n'est pas très grave"...
Or nous pouvons avoir des conduites mortelles, soit parce qu'elles donnent la mort, soit parce qu'elles conduisent à la mort. Nous sommes responsables.
Certains des prisonniers que je visite me disent qu'enfants ils étaient violents, et l'ont été de plus en plus, jusqu'au jour où l'irrémédiable est arrivé. Ils me disent alors : - Je suis classé maintenant dans les assassins, parce que j'ai tué quelqu'un. - Voulais-tu le faire ? Non, mais c'était plus fort que moi.

L'homme peut ainsi être mené à faire des choses qu'il n'a pas envie de faire.
Le bien se nourrit de petites choses. Le mal également. C'est aujourd'hui que tu prépares l'homme que tu seras demain.
Etre adulte, c'est pouvoir dire : "Je ne peux pas être en opposition systématique parce que ce sont mes parents qui me le disent... ou la société, ou un prof... Je suis assez grand pour discerner ce qui est bien,
mal, mais je ne vais pas faire les choses en opposition simplement pour être
en opposition et montrer que j'existe". L'adulte essaie de comprendre ce qui
lui est dit et de l'accepter comme quelque chose qui peut le construire.
Des gens non croyants peuvent avoir un comportement exemplaire, parce
que celui qui écoute la voix de sa conscience agit bien.
A l'inverse, des chrétiens peuvent être des contre-témoignages.
Que faut-il faire pour bien faire ? Je suis chrétien et j'ai la foi.

 

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"A quoi cela sert-il, mes
frères, que quelqu'un
dise : 'J'ai la foi', s'il n'a
pas les oeuvres ?
La foi peut-elle le
sauver ? Si un frère ou
une soeur sont nus,
s'ils manquent de leur
nourriture et que l'un
d'entre vous leur dise :
'Allez en paix,
chauffez-vous, rassa-
siez-vous', sans leur
donner ce qui est
nécessaire à leur
corps, à quoi cela
sert-il ? Ainsi en est-il
de la foi : si elle n'a 
pas les oeuvres, elle
est tout à fait morte." Epître de St Jacques
chap. 2 versets 14-17

"La foi et la raison sont les deux ailes qui permettent à l'homme de s'envoler
vers la vérité" Jean-Paul II.

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Histoire d'Abraham
Genèse chap. 12

 

 

 

1. Qu'est-ce que la foi ?

A quoi sert la foi si on n'a pas les oeuvres. Si ta foi n'agit pas, elle est morte.

a. La foi, une affaire de raison et de coeur

La foi est plus qu'une opinion, une idée (comme de dire par exemple : "je
crois qu'il fera beau cet après-midi").
La foi qui est en moi ("Je crois en toi, Seigneur"), est-ce une idée ou une
affaire de coeur ?
Est-ce que je peux prouver l'existence de Dieu parce que je suis intelligent,
ou est-ce une affaire de coeur parce que j'ai rencontré le Seigneur comme
quelqu'un de vivant ? Les deux. Il y a une vérité. La foi est raisonnable. Mais
elle est aussi une expérience.
La foi est une adhésion du coeur à quelqu'un qui existe, qui sollicite mon
intelligence pour me permettre d'aller plus loin. Ainsi :
- La foi n'est pas contre la raison. Pour demeurer croyant, je ne peux en rester à ce que j'ai appris au catéchisme quand j'étais enfant. Je dois mettre
en oeuvre mon intelligence. Mais la foi ne se trouve pas uniquement au bout
de la raison.
- La foi est aussi une affaire de coeur : je me rappelle, Seigneur, ces
moments avec toi, et je crois que tu existes, parce que tu es déjà venu me
visiter, parce que tu as répondu à mes questions, etc...


b. La foi, une réponse à un appel.
La foi est une réponse personnelle à un appel de Dieu.
Cf Abraham : il a entendu la voix de Dieu et il lui a obéi.
Abraham va sortir de son pays (Ur, en Chaldée) et marcher.

La foi me déplace : elle ne me conserve pas identique. Elle me transforme.
Elle change mon échelle de valeur. En effet, Jésus est lumière et si je ne sais
pas comment m'orienter, Il vient éclairer ma route, ma vie.

Abraham s'est mis en route sans savoir où il allait, avec seulement une promesse de bonheur.

De même, le croyant se met en marche, sans savoir où il va.
Je ne pars pas dans n'importe quelle direction, comme une girouette. Car,
avant de suivre Jésus, j'ai le devoir d'éclairer ma foi : Jésus a-t-il bien existé ? Est-il lefils de Dieu ? Sans ces questions, je reste à une foi d'enfant et, adulte, je serai écartelé. Mais il ne faut pas attendre d'être complètement illuminé par le Seigneur pour se mettre en route : le seigneur va se révéler.
Je me mets en marche à la suite de quelqu'un que j'ai rencontré (ne pas être
naïf et se laisser séduire par n'importe quel marchand de friandises). Ainsi, je
crois que la promesse du Seigneur est une vérité, car j'ai déjà goûté sa
présence, son amour. Je crois en toi, Seigneur, parce que je crois que tu
m'aimes, et non pas parce que je crois que tu peux m'apporter quelque chose.La foi est toujours la foi en quelqu'un, et non pas en quelque chose...
Et accepter que cela me transforme. Même chose dans l'amitié :
mon amitié ne pourra s'entretenir que si je l'entretiens, et elle me transforme.
Un jour à la prison, un homme m'a dit : "Mon Père, je ne suis pas croyant,
mes parents étaient musulmans ; mais je vous appelle parce que je veux
parler à quelqu'un, car depuis des jours et des semaines, je ne parle à
personne". Malheureux homme que celui qui est seul ! L''amitié me
transforme, ainsi que l'amour de mes parents, de mes frères et soeurs.

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Cf Jean chap. 6,66
(après le discours de
Jésus sur le Pain de
Vie) :
"Dès lors, nombre de
ses disciples se
retirèrent et cessèrent
de l'accompagner".


c. La foi, une proposition d'alliance.

Foi et alliance vont ensemble.
Dans l'évangile, on voit bien ceux qui sont d'accord et ceux qui ne le sont
pas. Aujourd'hui encore, le Seigneur propose, et je dispose, car je suis libre.
La foi me laisse libre.

Dans ma vie, à quoi ressemble ma foi ? Est-elle le sel qui donne saveur à tout? Ou ma foi est-elle un peu le rabat-joie de ma vie : je suis croyant, il faut
bien que je fasse ce que le Seigneur demande...
Est-ce que je crois vraiment que le Seigneur veut pour moi une vie bien pleine, pleine de saveur ?

La foi ne peut être que personnelle : tu ne peux pas aujourd'hui adhérer à la
foi de tes parents. C'est trop tard, même si tes parents en ont envie, car la foi est une démarche personnelle. Ce n'est pas parce qu'on vous parle de la foi que quelque chose va passer. Tu prends ce que tu veux, ce que tu peux, en fonction de ton histoire. La foi est une aventure personnelle.
 

 

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Jésus dit aux disciples:
"... Pour vous,
qui suis-je ?"
St Matthieu 16,15

 

 

 

 

 

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2. Les trois pieds de la foi.


Pour qu'elle soit équilibrée, la foi doit avoir trois pieds. En effet :
- Je ne vais pas me lancer tout de suite dans l'action avant de savoir qui est
Jésus.
- Si je vis uniquement ma foi et que je ne la célèbre jamais, quelque chose va me manquer : je vais manquer d'air, de sel, de lumière ; et au bout d'un moment je laisserai.

a. La foi confessée.

La foi a besoin d'être confessée : "je crois".  En quoi ? En toi, Seigneur.
Qui es-tu, Seigneur ? Je crois en Dieu le Père, le Fils, l'Esprit.

Vérifier que ce que je crois est bien la réalité. Réalité que je vais vérifier dans
ma prière et dans le vécu. Qui est Jésus pour moi ?
Est-ce que je crois toutes les paroles du "credo" que je dis à la messe :
- Que Jésus s'est fait homme ?
- Qu'il est fils de Dieu ?
- Que l'Esprit Saint est une personne divine ?
- Est-ce que je crois réellement  à la résurrection de la chair ?

Moi-même prêtre, je me pose des questions ; je n'ai pas réponse à tout, car je suis en marche. Ce credo c'est le credo de la foi, comme l'objectif qui m'est donné pour que je marche vers... De plus en plus, j'essaie de progresser dans ma foi.

b. La foi célébrée.
La foi célébrée : j'en ai besoin pour que cela ne reste pas une idée personnelle. Donc, je me retrouve en Eglise et je célèbre mon Dieu, pour
montrer que j'ai la foi. La foi est une relation ; si je ne suis pas en relation
avec Dieu, qu'est-ce qu'est ma foi ?

c. La foi vécue.
Si la foi n'agit pas, elle est bel et bien morte.
Vivre sa foi non pas comme un rabat-joie.
Quelle image ai-je de cette vie que le Seigneur veut me donner ?

Le Seigneur veut pour moi une vie bien pleine, bien faite, vécue avec intensité
et saveur. Pas une vie fade.
En aucun cas le Seigneur veux me transformer en un saint de plâtre ! c'est-à-dire qui ne bouge plus....
Le Seigneur veut pour moi une vie qui soit une exultation. Il me donne sa
lumière pour diriger ma vie et pour savoir quoi faire en telle ou telle
circonstance.
Mais il me dit : n'attends pas de moi que je te dise tout ce que tu vas faire.
En effet, l'homme est créé à l'image de Dieu. Donc il va créer sa vie. Le
Seigneur me fait confiance.
Ne subis pas ta vie. Créé-la. Tu n'es pas un pantin entre les mains de Dieu.
Ta vie, c'est une "conduite accompagnée" : le Seigneur est à tes côtés pour te donner des conseils. Réussir ta vie, et non la flamber ou l'éclater.

 

 

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"Ta loi
fait mes délices..."
Psaume 118

 

 

 

 

 

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3. La loi

Pour me diriger, le seigneur me donne la loi. Sa loi. Ses commandements.
La loi m'est donnée comme une balise : ma vie, je la conduis avec des
panneaux indicateurs.
Un jour, à Moscou, j'étais dans le métro : impossible de me diriger, car je ne
comprenais pas les panneaux (ce n'est pas le même alphabet qu'ici).


Les panneaux indicateurs ont besoin d'être lus. C'est pourquoi nous avons
besoin d'être formés pour comprendre la loi de Dieu.
La loi de Dieu, en elle-même, est souvent comme un tas de gros sel :
immangeable. Toute loi est immangeable ! mais elle est indispensable, elle
est faite pour donner saveur.
La loi n'est pas faite pour m'asphyxier, mais pour me libérer.

a. La loi est exigeante.
La loi est exigeante ? Oui et non. Oui, toujours.
Je pense à ce jeune détenu (dans le quartier des mineurs) qui, après avoir
cassé quelques voitures volées, m'expliquait sa vie : il recevait chaque jour de sa mère un pécule pour ses loisirs, et il faisait ce qu'il voulait. Il allait en boîte, il fumait des joints, etc... Et il me dit un jour : "Ma mère ne m'a jamais
aimé, elle m'a toujours laissé faire tout ce que je voulais".

Dans sa conscience d'homme, il réalisait qu'il avait été mal aimé, car pas
éduqué dans le sens du bien et du mal.

Quand on aime, on ne laisse pas faire n'importe quoi ! : "Continue mon petit
chéri... Oh ce n'est pas grave ! Et puis... on a une assurance !". Non.
L'amour sans exigence ramollit et me laisse sans repères, incapable de lire
le moindre panneau indicateur. Je ne peux donc pas diriger ma vie.
Or j'ai besoin de savoir ce qui est bien, ce qui est mal.
L'exigence est faite pour libérer en moi ce que j'ai de meilleur.
Les commandements de Dieu, sa loi, nous sont donnés pour nous sortir de
l'état sauvage, animal. Elle est indispensable.

Sur quoi est fondée la loi ?
Elle n'est pas simplement un réglement. Un exemple de règlement : rouler à droite. En Angleterre, on roule à gauche et tout va bien. Il suffit donc de se
mettre d'accord. Certaines lois sont de simples règlements.

La loi de Dieu, elle, n'est pas seulement un règlement destiné à bien vivre ensemble. Exemple : "Tu ne tueras pas" : on décide de ne plus se tuer, pour vivre bien ensemble ? Pas seulement. La loi de Dieu va plus loin et dit :
attention ! ton frère est un homme, il a de la valeur ; tu ne peux pas le tuer.

b. La loi n'est pas exigeante.
La loi n'est pas exigeante car, "quand on aime on ne compte pas".
Quand on aime, on est transporté. C'est l'exigence de l'amour.
Toute loi demandée par Dieu est au service de l'homme : ce que Dieu me
commande, c'est pour mon bien.
"C'est pour ton bien !" Une phrase à laquelle on ne croit pas toujours. Et
pourtant... La loi de Dieu est toujours faite pour l'homme, pour lui permettre de réussir sa vie et non pas seulement réussir dans la vie.

Parfois, le Seigneur vient nous parler et nous rejoindre par les épreuves. Car l'homme se construit aussi par ses échecs. Peut-être même parfois plus que par ses réussites...

Les hommes peuvent construire un monde humain, fraternel, ils peuvent
devenir des saints joyeux, remplis de l'amour de Dieu.

Le Seigneur a une projet sur moi. Il me dit : "Ecoute...."
Quand j'achète un jeu élétronique, je ne vais pas commencer par jeter le
mode d'emploi. Est-ce que ce ne serait pas la même chose avec Dieu ?
J'ai une vie à construire, à réussir ; Dieu est mon créateur ; il m'aime.
Il ne veut pas se jouer de moi, se servir de moi, ni que je devienne son esclave avec une loi qui m'opprime. Il veut que je devienne libre.

Etre capable de discerner entre ce qui est bien et ce qui est mal, mais aussi
capable de choisir entre deux biens.
Exemple : est-ce que je vais être médecin ou architecte ? Les deux son bien.
C'est toi qui vois. Ecoute ce que tu as en toi.

Etre capable de choisir ma vocation, en tenant compte de la parole de Dieu.
Commencer par l'écouter est alors la moindre des choses.