"Ce que tu veux..."

Parole du P. Hervé Gosselin – mardi 29 août 2006
lors de la retraite des jeunes sur le thème : "Aime, et ce que tu veux, fais-le."
Saint Augustin

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(Le père Hervé apporte une cible. Applaudissements.)

Je vous propose un petit jeu de fléchettes pour aménager le deuxième temps de la phrase-thème : « ce que tu veux ».

Qu’est-ce que je veux ? Que faut-il vouloir pour réussir sa vie ?

La vie de Saint Augustin n’a pas été de tout repos :
« Ma débile jeunesse … était plongée dans les passions et dans les vices… Je m’en allais par les ténèbres et les pentes glissantes. »
La conversion de Saint Augustin est tout un trajet pour adapter son comportement à ses convictions intérieures.

La volonté, ça a deux sens : le désir et le "faire parce qu’on le veut."

J’ai de grands désirs et de bonnes intentions. Si je lance ma vie comme une fléchette, en la confiant à la chance et aux vents, est-ce que je parviendrai au bonheur, à la joie, à l’amour que j’ai envie de vivre ?

Autre solution : marcher jusqu’à la cible et planter soi-même la flèche.
Je veux aimer, je veux être heureux : ce n’est pas un jeu de hasard. C’est moins rapide, c’est moins impressionnant, mais on est plus sûr d’arriver au centre de la cible.

Il faut savoir ce que l’on veut.(" Il n’y a pas de vent favorable pour ceux qui ne savent pas où ils vont.") Si ce que je veux est très précis, je risque d’être déçu. Si ce que je veux est plus global, je pourrai adapter ma vie aux situations les plus variées.

Saint Augustin a pu avoir des vents contraires !

La vie n’est pas un hasard, je ne vais pas me lancer en me confiant à n’importe quel vent qui me mènera n’importe où.

Le bonheur ce n’est pas une idée.

Il faut que ça s’incarne. Néanmoins, des objectifs trop précis me découragent. Si je ne les atteins pas, tout s’écroule.

Si je pars sur la route du bonheur, la promesse de Jésus est plus importante que l’objectif : « Je serai avec vous tous les jours, jusqu’à la fin du monde ».

Quel que soit l’endroit où j’en suis, nul n’est trop loin pour Dieu. Dieu ne laisserait pas advenir des épreuves dans ma vie, si sa puissance n’était pas assez grande pour nous aider à en tirer un bien plus grand encore.

La vie ne va pas directement au bonheur, mais malgré les changements de cap, tout doit concourir au bonheur des enfants de Dieu.

Ma cible n’est pas terrestre. Je peux dire aujourd’hui : « Je veux être saint ». La sainteté est signe du bonheur. C’est toujours une erreur que de limiter son bonheur à un bonheur terrestre.

Notre vie n’est pas écrite. C’est à nous de l’inventer.

Ma vie dépend de moi. J’ai à choisir et à construire ma vie. Objectif et promesse me mettent dans une direction, mais c’est moi qui choisis.
Ceci dit, je suis bien obligé de faire en fonction de certains critères : avec mon âge, mon sexe, mes talents, je suis obligé de m’adapter à la réalité.
Vous n’avez pas choisi l’époque, la famille dans lesquelles vous êtes nés. On ne choisit pas grand chose. On choisit la réalité.
Ce n’est pas parce qu’on est déterminé par la famille, la culture, qu’on ne reste pas unique.

Marthe Robin, très limitée au niveau physique, ne pouvait pas faire tout ce qu’elle voulait. Et pourtant, elle a choisi le bonheur.
« Après bien des années d’épreuves, après bien des années de souffrance, j’ai osé, j’ai choisi le Christ. »
Il y a eu des moments de dépit et de découragement. Mais la rencontre avec le Christ va lui permettre de continuer à vouloir, de continuer à croire que ce que le Seigneur a promis va se réaliser en elle.

On retrouve cette idée dans l’appel du jeune homme riche (Mt 19, 16 sq)

" Et voici qu'un homme s'approcha et lui dit: "Maître, que dois-je faire de bon pour obtenir la vie éternelle?" Il lui dit: "Qu'as-tu à m'interroger sur ce qui est bon? Un seul est Bon. Si tu veux entrer dans la vie, observe les commandements" -- "Lesquels?" lui dit-il. Jésus reprit: "Tu ne tueras pas, tu ne commettras pas d'adultère, tu ne voleras pas, tu ne porteras pas de faux témoignage, honore ton père et ta mère, et tu aimeras ton prochain comme toi-même" -- "Tout cela, lui dit le jeune homme, je l'ai observé; que me manque-t-il encore?" Jésus lui déclara: "Si tu veux être parfait, va, vends ce que tu possèdes et donne-le aux pauvres, et tu auras un trésor dans les cieux; puis viens, suis-moi." Entendant cette parole, le jeune homme s'en alla contristé, car il avait de grands biens. "

Le jeune homme veut la vie éternelle, il veut la sainteté : il a raison ! Jésus lui dit : observe les commandements. Mais cela, il le fait déjà.
Jésus lui dit : si tu veux être parfait, complètement libre par rapport à tout ça, vends tous tes biens et suis-moi. Tu observes simplement la loi, mais tu peux être encore plus mon ami.
Tout quitter pour Jésus, c’est peut-être un peu difficile.
L’histoire ne s’arrête pas forcément là : le jeune homme riche choisira peut-être plus tard. Il n’a pas osé maintenant, mais ça viendra…

Peu à peu, à petits pas d’amour, il faut du temps pour faire sa vie.

Dieu nous donne les moyens de parvenir au bonheur et à l’amour. Il nous donne les commandements, et il nous laisse libre.

Etre avec lui, c’est lui demander les choix que je dois faire, c’est lui demander également qu’il m’aide.

Où est la liberté de l’homme ? Est-ce que je peux vouloir tout ce dont j’ai envie ?

Tout n’est pas forcément bon pour toi. C’est là que Jésus nous dit : « La vérité vous rendra libres ».
Au début, l’acte humain, quand on veut atteindre un objectif précis, ressemble un peu à ça :

La liberté, ce n’est pas la même chose que le libre-arbitre. Le libre-arbitre place les choses (le bien et le mal) de façon équivalentes. La liberté va toujours dans le sens de la croissance. La liberté doit être enseignée, elle ne consiste pas à faire n’importe quoi. Elle est enseignée par la loi.
Un prisonnier, à qui ses parents avaient appris à voler, me demandait : « Explique-moi pourquoi c’est mal »… Quand Dieu commande, c’est toujours pour notre bien, et cela se justifie toujours. Il faut bien qu’il y ait des règles pour vivre ensemble : si tout le monde vole, la vie n’est plus possible.

Le péché parfois nous déborde : nous faisons des choses que nous n’avons pas vraiment envie de faire. Nous devenons malheureux. Il faut éduquer notre volonté,pour nous permettre d’avoir cette maîtrise sur nous-mêmes.

Ma volonté a besoin d’être éclairée : si je ne sais pas pourquoi telle ou telle chose est mauvaise, ce sera difficile de ne pas la faire.

Jésus donne au jeune homme riche l’objectif, la promesse et les moyens d’y parvenir.

Dans la parabole de la brebis perdue, la brebis est non seulement retrouvée, mais, forte de son expérience, elle ne refera pas les mêmes erreurs. Le péché, ce n’est pas simplement une erreur (par exemple, la couleur de mon tee-shirt ne va pas avec mon teint…). La faute, c’est de ne pas respecter la loi (par exemple prendre un sens interdit). Que je me fasse prendre ou pas, la faute est mauvaise. Il y avait une loi, je n’ai pas respecté la loi. La loi de Dieu est une loi d'amour : le péché, c’est toujours une blessure à l’amour.

Parce que je t’aime, je ne supporte pas que tu te fasses du mal. Le péché est par rapport à l’amour. Dans la phrase de Saint Augustin, « AIME » est mis en premier. « Ce que tu veux » vient après. Aime d’abord.

Pour faire ce que je veux, je dois être éclairé par la loi et reconnaître que l’amour est en moi.
« Aime et fais ce que tu veux » devient aussi
« Aime ce que tu veux », et tu feras ensuite « Ce que tu voudras ».