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Ma réaction face à la souffrance

 
 

 

HonorineHonorine, 20 ans.
Témoignage donné aux jeunes.
Retraite à Tressaint.
Août 2000

Ce que j'ai vécu durant mon année de première, il y a maintenant plus de 3 ans de cela, a totalement changé ma réaction face à la souffrance et je voudrais vous le partager...

 

Durant cette année de première, une évolution des circonstances familiales m'a permis de redécouvrir mon grand-père maternel que je n'avais jusqu'alors vu que rarement.

Le début de l'année scolaire s'est donc passé dans cette joie d'apprendre à connaître un homme qui était tout de même le papa de ma maman. Toute la famille se réjouissait de ces nouvelles relations, nous commencions à faire des projets ensemble... Nous avons passé les fêtes de fin d'année enfin réunis, c'était un grand bonheur pour nous tous, mes parents, ma petite soeur, mon grand-père et moi...

 

Mais en janvier, des examens ont révélé qu'il était atteint d'une tumeur au cerveau et qu'il n'y avait pas d'espoir pour lui.

A partir de la fin du mois de janvier, cela a semblé se transformer en cauchemar. Nous avions tous fondé beaucoup d'espoir dans ces retrouvailles et au moment où quelque chose était en train de se reconstruire, tout s'écroulait.

Cela a été un moment difficile pour tous les quatre. Maman partait régulièrement le week-end voir mon grand père dans le Nord et assistait à sa plongée lente et douloureuse dans la maladie et à la perte de ses facultés...

Pourtant, si je n'avais pas de révolte, une souffrance lancinante se trouvait en moi, qui tenait plus d'ailleurs au fait de voir souffrir ceux que j'aimais : mon grand père dans sa maladie, et maman devant son papa...

 

Depuis le début de l'année scolaire, je savais que je devrais subir une opération après les examens de français du mois de juin. Cette opération, sans gravité, nécessitait cependant une anesthésie générale et pouvait se révéler assez douloureuse puisqu'elle se situait au niveau du visage et de la mâchoire...

Au moment d'entrer à l'hôpital pour mon opération, je savais que les médecins ne donnaient plus à mon grand père que quelques semaines à vivre.

 

J'avais beaucoup prié le Seigneur à propos de cette souffrance qui me dépassait et je Lui avais demandé de donner un sens à tout ça. Et au fur et à mesure, j'avais senti monter dans mon cœur la dimension d'offrande que pouvait prendre mon opération. Elle pouvait "servir" à quelque chose et même moi, à mon petit niveau, je pouvais apporter ce que je vivais. Le Seigneur m'invitait à vraiment lui faire confiance sur cela.


La veille de l'intervention, je m'en souviens très bien, j'étais dans ma chambre, j'avais apporté un crucifix à poser sur ma table de chevet, et j'ai tout remis à Jésus : tout ce que j'avais porté, voire même supporté durant les 6 derniers mois, tout ce qui était trop lourd sur mes seules épaules ; je lui ai tout déposé au pied de la Croix. Je lui ai dit : "Tout ce que moi je vais vivre, à ma petite échelle, je te l'offre pour soulager mon grand père et... pour la conversion de nombreux jeunes aux JMJ du mois d'août " (nous étions en effet à quelques semaines des JMJ 97). Et alors que je ne l'avais jamais expérimenté de cette façon, j'avais totalement confiance et je savais que Jésus m'écoutait.

 

L'opération a donc eu lieu pour moi, avec quelques complications. Quand on m'a ramenée dans ma chambre, je ne cessais pas de regarder le Seigneur quand je me réveillais, en lui remettant la souffrance de la famille toute entière et mon grand père... J'ai vécu toute la journée de retour de l'intervention dans les bras de Marie...

Et le lendemain, quand ma maman est revenue pour me voir, elle m'a annoncé que mon grand père était décédé dans la nuit...

Ca a été un immense choc pour moi, non pas qu'il soit décédé, car malheureusement, nous nous y préparions, mais que ce soit à ce moment là, après avoir reçu la certitude que le Seigneur s'occupait de lui...

Tout s'est ensuite passé dans une grande Paix pour la famille.

 

Le Seigneur m'a montré que, même s'il ne voulait pas la souffrance, Il était toujours du côté de ceux qui souffraient et que c'était l'Amour avec lequel on accueillait cette souffrance (aussi paradoxal que cela puisse paraître) qui la transfigurait. S'il avait fallu que le Christ souffre la Passion et soit crucifié, la Résurrection avait transformé la Croix en Croix Glorieuse et il ne fallait pas séparer les deux côtés.

 

C'est cette Joie d'accueillir la Croix que le Seigneur a pu mettre dans mon coeur à ce moment là et nous n'avons pas fini d'en voir les fruits dans ma famille... Rien n'est jamais stérile si on l'offre !