Louange ! Action de grâce ! “ Mon âme, bénis le Seigneur, n’oublie aucun de ses bienfaits ! ”. Relisons de temps en temps notre vie, avec le regard du Seigneur et nous y verrons les marques de son Amour gratuit. C’est ce que l’on appelle : ‘Faire son histoire sainte’. Cela nous resitue bien souvent dans la confiance pour aujourd’hui et demain.

“ QUI EST DONC DIEU POUR NOUS AIMER AINSI ! ”

"C’EST PAR GRACE QUE VOUS ETES SAUVES" – Eph. 2,5

“ Nous étions morts par suite de nos fautes, Il nous a fait revivre avec le Christ… C’est bien par la grâce que vous êtes sauvés, moyennant la foi… Le salut ne vient pas de vous, il est un don de Dieu ” - Eph. 2,5-8

Nous pensons trop souvent que Dieu nous aime parce que nous le méritons… Si bien que, le jour où nous avons péché lourdement, nous croyons qu’Il ne nous aime plus. Or Il nous aime toujours du même amour, avant, pendant et après le péché, car il n’y a pas de variation dans son cœur. Alors, quelle sagesse de toujours prendre appui sur sa Parole : Ainsi, Sion disait : "Dieu m’a abandonnée (après mes infidélités !), le Seigneur m’a oubliée. Une femme oublie-t-elle son petit enfant, est-elle sans pitié pour le fils de ses entrailles ? Même si les femmes oubliaient, moi, je ne t’oublierai pas. Vois, je t’ai gravée sur les paumes de mes mains ”
(Is. 49,14-16)
Même chose en Ezéchiel 16,60 : “ Moi, je me souviendrai de l’Alliance que j’ai contractée avec toi au temps de ta jeunesse, et j’établirai en ta faveur une alliance éternelle ”.

Si nous nous éloignons de Lui, Lui, Il nous demeure fidèle, car “ Nul ne peut nous arracher de la main du Père : Il est riche en miséricorde ”.

Notre existence est un don continuel puisqu’Il est notre créateur nous créant à tout instant. Accueillons en nous ces paroles : “ Je t’ai appelé du néant pour que tu sois mon enfant. Je me suis servi de tout le cosmos pour faire ton corps. J’ai mis en toi toute
ma réalité divine pour faire ta conscience. J’ai fait appel à l’amour pour t’habiter. Maintenant que je t’habite, tu es mien et moi tien. Mien pour t’avoir avec moi toujours. Mien pour te faire libre comme moi. Mien pour t’apprendre à aimer comme J’aime ”.

Prier encore, c’est laisser Dieu s’émerveiller de moi, sa créature. Je suis tout pour Lui, l’œuvre de son Amour, sa petite merveille…
et j’ai reçu le privilège de le savoir et de librement y consentir. Oui, j’existe et je vis du regard d’amour que Dieu pose sur moi.
Alors – comme nous y invite un chant – ‘’Je te bénis, mon créateur, pour la merveille que je suis, pour ces trésors au fond de moi,
que tu as mis sans faire de bruit’’.(cf Psaume 138)

Il me faut accepter d’être son bien-aimé… comme l’a compris un jour Sainte Catherine de Sienne : Une nuit que le Seigneur parlait à Catherine, elle se mit tout à coup à gémir : “ Misérable, qui donc es-tu pour que Dieu daigne converser avec toi, face à face ? Qui suis-je, Seigneur ? Et dis-moi, Seigneur, qui es-tu ? ”. Et le Seigneur de répondre : “ Je suis Celui qui suis, tu es celle qui n’est pas ”. Pour Catherine, ce n’est pas une leçon d’humilité mais une déclaration d’amour : Avec quel ardent amour l’être nous a été donné. C’est l’amour qui nous a tiré du sein du Père en nous créant par sa Sagesse et c’est aussi le même amour qui nous conserve :Nous ne sommes faits que d’amour. O Feu d’Amour, avez-vous besoin de votre créature ? Oui, me semble-t-il, car vous agissez avec elle comme si vous ne pouviez vivre sans elle, vous qui êtes la vie qui fait vivre toute chose et sans laquelle rien ne vit. Pourquoi donc êtes-vous si épris de votre créature ? Pourquoi cet amour éperdu pour votre œuvre ? – Paroles du Seigneur à Catherine : “ Je suis Celui qui suis, tu es celle qui n’est pas. Moi, ton Créateur et ton Sauveur, Je t’épouse dans la Foi ”. Elle comprend alors qu’elle est ‘’le lieu de Celui qui est’’, et voilà la requête dont Dieu se fait le mendiant :
“ Fais-toi capacité, je me ferai torrent ”…
Et elle ajoute : “ Ce qui fait que les serviteurs de Dieu aiment tant la créature, c’est qu’ils voient combien l’aime le Créateur ”.

"QU’AS-TU QUE TU N’AIES REÇU ?" – 1 Co. 4,7

Je ne cesse de recevoir parce que je ne cesse d’être aimé.
Tout est don : Jésus, ma foi en Lui, l’Eglise, sa Parole et les sacrements, etc… “ Cela encore nous vient de Lui, que nous L’aimions, oui cela encore, cela surtout ” nous dit Saint Augustin.
Prier, c’est nous rendre attentif à sa Présence qui nous est toute donnée ; Consentir en profondeur au mystère de sa Présence, Lui, l’inconnaissable et l’insaisissable :

- Je m’éveille à sa Présence car Il est là bien avant moi, Il me précède. (“ Voici que je me tiens à la porte et que je frappe ” - Ap. 3,20).

- Je lui ouvre en me mettant dans une attitude d’accueil… physiquement par une attitude corporelle, et spirituellement en lui disant : “ Me voici ” (“ Si tu entends ma voix et ouvre la porte… ”).

- Je me laisse rejoindre par Lui jusque-là où je suis et je Lui permets de me regarder et de m’aimer.

Gratuité de l’Amour qui intervient dans notre vie, tel est notre Dieu. Voyons-y une incidence sur la prière que l’on pourrait définir ainsi : “ La rencontre de Dieu et de l’homme ”. Le premier à vouloir la prière, c’est Lui : “ Voici que je me tiens à la porte et que je frappe ; Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, j’entrerai chez lui pour souper, moi près de lui et lui près de moi ” - Ap. 3,20.

Ainsi le christianisme, ce n’est pas l’homme qui va à Dieu (à la force du poignet) mais plutôt Dieu qui vient vers l’homme. “ Dieu a tant aimé le monde qu’Il lui a donné son Fils, non pas pour le juger mais pour le sauver ” - Jn 3,16-17. Ce qui nous appartient dans l’oraison, c’est de Lui ouvrir la porte de notre coeur et de L’accueillir, car Il nous cherche, Il nous veut et nous désire.
Laissons-nous trouver par Dieu qui nous cherche.

"SI TU SAVAIS LE DON DE DIEU !" – Jn 4,14

Combien de fois le Seigneur est premier en amour dans sa relation avec les hommes ? La Bible est pleine de ses irruptions.
Avec Abraham : Il lui parle soudain : “ Quitte ton pays, ta parenté… pour le pays que je t’indiquerai ” - Gen. 1,21. Il lui apparaît et lui dit : “ Marche en ma présence et sois parfait ” - Gen. 1,71. A Jacob, il se manifeste dans un songe – Gen. 28,10. Elie entend Yahvé :
“ Va t’en, dirige-toi vers l’Orient et cache-toi au torrent de Quirit… ” - 1 Rois, 17.
Dieu fait ainsi le premier pas dans la vie des hommes.

Faisons nôtre cette prière :

Seigneur, tu m’as toujours donné le pain du lendemain et, bien que pauvre, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours donné la force du lendemain et, bien que faible, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours donné la paix du lendemain et, bien qu’angoissé, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours tracé la route du lendemain et, bien qu’elle soit cachée, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours parlé quand l’heure était propice et, malgré ton silence, aujourd’hui, je crois.
Seigneur, tu m’as toujours donné…


Merci pour cette gratuité de ton Amour… Et que je n’oublie jamais aucun de tes bienfaits !

 

Le détenu : “ Quand j’étais libre, j’avais entendu d’une oreille distraite, sans me sentir concerné, cette phrase de l’Evangile : “ J’étais en prison et vous m’avez visité ” - Mt 25,36. Oui, c’est vrai, je le vérifie tous les jours, de l’intérieur : Le Christ est aussi présent dans le monde carcéral. Grâce soit rendue à ceux qui, (comme les visiteurs bénévoles), ont la force et le courage de venir librement derrière ces hauts murs Le rencontrer. En découvrant que la grâce n’est pas dans l’accomplissement de mes désirs, fussent-ils généreux et altruistes, mais dans la force de tout accepter avec joie, du fond de ma cellule, mon ‘De profundis’ devient ‘Magnificat’ et tout est Lumière ”.
Notre détenu continue sa confidence : “ Le message de Thérèse de Lisieux a une place privilégiée quand on est désespéré et au ban de la société. Sa ‘petite voie’ est un modèle qui parle au cœur et résonne tellement fort là où ‘le péché abonde’ : ses paroles ont à jamais imprimé mon âme : “ Ah ! je le sens, quand même j’aurais sur la conscience tous les crimes qui se peuvent commettre, j’irais le cœur brisé de repentir me jeter dans les bras de mon Sauveur ”. “ Le souvenir de mes fautes m’humilie, me porte à ne jamais m’appuyer sur ma force qui n’est que faiblesse ; Mais plus encore : Ce souvenir me parle de miséricorde et d’amour… Je ne désire pas plus mourir que vivre, si le Seigneur m’offrait de choisir, je ne choisirais rien, je ne veux que ce qu’Il veut… Le total abandon, voilà ma loi ”.
Et le prisonnier ajoute : “ Retrouver l’espérance, même si elle n’abolit pas les moment de désespoir et la souffrance, c’est la grâce suprême… qui permet de renaître, de croire et de tout accepter. C’est loin d’être une attitude de résignation paralysante, mais au contraire un gain d’énergie bien utile pour rester en paix au cœur de la violence et de la souffrance de mes frères détenus ”.
Le prisonnier témoigne encore : “ La prière a une place essentielle dans ma vie ; C’est plus difficile qu’on ne pourrait l’imaginer de faire silence et oraison dans une cellule : Ce n’est pourtant pas le temps qui manque, le grand obstacle, c’est le bruit des radios, des télés, des hurlements aux fenêtres jusque tard dans la nuit. Souvent, réciter pendant un certain temps des prières machinalement sans prêter attention au sens des mots, permet de neutraliser le bruit environnant et les pensées parasites avant de trouver une paix propice à une prière personnelle… ”.
Un prisonnier témoigne :
“ L’épreuve de l’incarcération, mais surtout celle du deuil et de la désespérance auraient pu m’éloigner définitivement de Dieu. Les rencontres d’un aumônier, d’une visiteuse et d’un visiteur qui, en sachant merveilleusement écouter, parler simplement sans juger, m’ont sorti de l’exil que représente une souffrance indicible, coupant toute relation avec Dieu et le reste de l’humanité. Aujourd’hui, je sais que ces mains tendues providentielles ont été, pour moi, les premières manifestations de la grâce divine. Sans cette présence de Dieu derrière ces sourires, ces paroles apaisantes, ces gestes de compassion, je n’aurais jamais pu m’adresser à Lui par la prière et L’accueillir. Au cours d’une nuit d’insomnie et d’angoisse où je me sentais plus que jamais coupable de vivre, cette irruption inespérée de Dieu me fut donnée en contemplant dans la pénombre la Sainte Face du Christ peinte par Rouault. Après l’accablement le plus terrible, mes larmes n’étaient pas de tristesse mais l’effet d’un feu intérieur et d’une paix profonde que donne cette certitude d’être aimé. Ce fut un moment sublime, et le souvenir de cette présence m’a permis et me permet de supporter les pires épreuves et le doute pour le reste de la vie… ”.

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Père Clément Ridard