PLAN :
I. Un organisme surnaturel, composé de vertus et de dons.
1. Les vertus sont des puissances pour l’action
2. Les dons de l’Esprit Saint
3. Esprit Saint et vertus, dons, béatitudes
II. Dons de crainte et de piété
III. Dons de conseil et de force
IV. Dons de science et d’intelligence
V. Don de sagesse
Conclusion
Bibiographie sommaire
Pour répondre à notre vocation fondamentale : notre communion avec Dieu et avec nos frères - la sainteté ou la divinisation - Dieu ne nous laisse pas avec nos seules forces naturelles. Depuis notre baptême, il nous a dotés, par pure gratuité d’amour, d’un « organisme surnaturel », composé des vertus et des dons.
- Les vertus théologales de foi, d’espérance et d’amour qui nous permettent d’entrer immédiatement en contact avec Dieu.
- Les vertus morales infuses que la Tradition chrétienne distingue des vertus morales acquises.

La doctrine des « dons » s’appuie sur le chapitre 11 d’Isaïe :
« ... un rejeton sortira de la souche de Jessé, un surgeon poussera de ses racines. Sur lui reposera l’Esprit du Seigneur
- esprit de sagesse et d’intelligence,
- esprit de conseil et de force,
- esprit de connaissance et de crainte du Seigneur ».
L’énumération des dons par la traduction grecque de la Bible (La Septante) et la traduction latine (La Vulgate) qui ajoute la « piété » par dédoublement de la crainte du Seigneur est devenue notre liste des « sept dons du Saint-Esprit »
(cf. Bible de Jérusalem note p.1105)
Les dons - on les nomme aussi « souffles » ou « esprits » - sont des dispositions habituelles qui nous rendent aptes à accueillir les interventions de l’Esprit-Saint. Ils nous disposent à obéir avec promptitude aux appels de l’Esprit. (cf. St Thomas S.T. q 68 -3)
Les dons de l’Esprit soutiennent, purifient, rectifient, renouvellent notre être et notre agir dans l’exercice des vertus. Ils nous donnent de progresser plus rapidement dans notre vie filiale, c’est-à-dire sur le chemin des Béatitudes. On les compare souvent au souffle du vent qui gonfle les voiles du navire.
En ce qui concerne les dons, bon nombre d’auteurs spirituels y voient comme un itinéraire de la sainteté qui nous conduit de la crainte filiale à la sagesse.
Pour cet exposé rapide, nous adoptons la classification du P. Descouvemont (Guide des difficultés de la foi catholique p.423) qui met en valeur la complémentarité des six premiers dons en les répartissant par paires - le dernier, le don de sagesse, étant celui qui couronne et parachève les autres dons.
En tout état de cause, il ne s’agit pas d’opposer les dons les uns aux autres : si pour l’analyse nous sommes obligés de « distinguer » c’est pour mieux « unir » (J.Maritain). Alors, c’est comme un puzzle qui se mettra en place et nous découvrirons avec émerveillement toutes les richesses de l’Esprit-Saint : l’unité et l’harmonie de l’action de l’Esprit-Saint, l’Amour divin en Personne, dans nos vies, dans l’Eglise, dans le monde.
Ils établissent dans une attitude juste devant Dieu : respect et confiance.
a) Ce don nous donne le sens de la grandeur de Dieu ...
Dieu seul est saint, Dieu seul est Créateur. Il habite une lumière inaccessible. Il est le Tout Autre, l’Incomparable.
b) Ce don nous donne aussi une connaissance aiguë de notre condition de créature et de créature pécheresse : d’où une prise de conscience de l’infinie distance entre Dieu et l’homme que Dieu seul peut combler.
c) C’est aussi la crainte, la souffrance de ne pas aimer assez, de ne pas correspondre à l’Amour que Dieu nous porte.
La crainte est alors un dynamisme (et non une peur qui paralyse)
- qui nous fait souffrir de nos médiocrités, de notre tiédeur,
- qui nous donne le désir d’éviter le péché,
- qui nous fait avancer sur le chemin de la conversion.
d) Le don de crainte nous donne de vivre le respect vis à vis des autres et de nous-mêmes.
e) Le don de crainte nous met dans cette disposition fondamentale de l’adoration et de l’humilité.
Il nous donne d’avancer sur le chemin des béatitudes : la béatitude des PAUVRES DE CŒUR.
a) Ce don nous fait entrer dans une expérience profonde de la paternité de Dieu, de sa proximité, de sa tendresse.
Il nous fait découvrir la vie filiale vis à vis de Dieu comme notre vocation fondamentale et nous donne de vivre la confiance de l’enfant.
« Vous avez reçu l’Esprit des fils et filles de Dieu qui vous fait crier : « Abba Père » (Rom 8, 15).
b) Dans nos relations avec les autres, ce don nous confère la délicatesse dans la charité fraternelle.
c) La vie filiale nous permet d’accueillir de plus en plus la douceur du cœur de Jésus.
« Heureux les doux, ils posséderont la terre ».
Dans notre relation à Dieu :
Si il n’y avait que le don de crainte, nous risquerions de nous sentir écrasés par la grandeur de Dieu,
Mais s’il n’y avait que le don de piété, nous risquerions de « jouer à l’enfant gâté avec Dieu ».
« La familiarité avec Dieu exclut la désinvolture ». (G.Blaquière)
De même, dans nos relations humaines, nous devons toujours garder les deux dimensions : respect et confiance.
Selon les époques de notre vie, Dieu peut nous faire vivre davantage le don de crainte ou le don de piété filiale.
Dieu sait mieux que nous ce dont nous avons besoin.
Ces dons ajustent à la volonté de Dieu :
- en la découvrant (le conseil),
- en l’accomplissant (la force).
C’est le don du discernement spirituel
a) Par ce don, l’Esprit-Saint nous éclaire dans les situations concrètes de notre vie. Il nous suggère ce que nous devons faire, éviter, dire ou taire.
Le don de conseil nous montre l’action la plus parfaite possible à accomplir dans une situation donnée.
Il nous donne la capacité de voir ce qu’il convient de faire pour plaire à Dieu.
b) C’est le don de conseil qui nous dispose à voir clair quand nous sommes chargés d’accompagner des frères et des soeurs dans leur recherche de Dieu et du projet d’amour de Dieu sur eux.
c) Le don de conseil ne nous dispense pas du travail opéré par l’intelligence dans l’analyse des situations.
Ni l’Esprit-Saint, ni la Parole de Dieu, ne nous donnent des solutions toutes faites aux problèmes complexes que nous rencontrons dans les différents domaines de l’existence.
d) C’est toujours à la manière de Jésus, le conseil de la miséricorde et de l’exigence, de la compassion véritable qui fait
grandir l’autre : « Heureux les miséricordieux, ils obtiendront miséricorde ».
C’est le triomphe de la puissance de Dieu dans la faiblesse de l’homme.
a) Le don de force nous donne le courage de témoigner. Il rend notre témoignage plus ferme, plus fort. C’est l’assurance des apôtres dans la proclamation du Christ mort et ressuscité. (cf. le livre des actes des apôtres).
b) Le don de force soutient les martyrs et assure leur fidélité jusqu’au don de leur vie.
c) C’est aussi le don de force qui nous donne d’accomplir notre devoir d’état, dans la vie quotidienne, d’aller jusqu’au bout de l’obéissance dans ce qui nous est demandé de vivre.
C’est l’héroïsme de la petitesse, telle que l’a vécu Ste Thérèse de Lisieux qui se traduit par la patience, l’endurance, la persévérance, la constance.
« ... le don de force, à l’encontre de ce que l’on dit communément, consiste moins à entreprendre avec courage de grandes oeuvres pour Dieu, qu’à supporter avec patience et avec le sourire tous les crucifiements de la vie... »( P.H. Philippon : la doctrine spirituelle de soeur Elisabeth de la Trinité, Ed DDB, p.221).
d) Sur le chemin des Béatitudes, le don de force creuse en nous la faim et la soif de la justice, c’est-à-dire d’accomplir
la volonté de Dieu.
Le don de force nous donne le courage de réaliser ce que le don de conseil nous fait découvrir.
- Nous pouvons découvrir la volonté de Dieu, reconnaître sa lumière dans notre vie et ne pas avoir la force d’accomplir ce que Dieu nous demande.
- A l’inverse, nous pouvons être pleins de générosité et de courage mais foncer « tête baissée » sans prendre le temps de demander la lumière du Seigneur pour agir.
- On ne peut jamais se mettre au service de Dieu si ce n’est pas dans la lumière de Dieu.
Ils favorisent une connaissance plus profonde de Dieu
- à partir de la création (la science)
- à partir de la Révélation (l’intelligence).
a) Ce don nous permet de reconnaître la Créateur à travers les êtres et les choses, dans la beauté de la création.
Il a donné à St François d’exprimer son émerveillement dans le « Cantique des Créatures ».
Il nous révèle aussi le sens et la finalité de la création.
Il nous permet de voir Dieu à l’oeuvre dans le monde, dans notre vie.
b) Il nous donne aussi le sens de la précarité, de la fragilité, de la fugacité de l’univers et de notre vie.
Il nous donne une conscience vive de notre pauvreté radicale ontologique, du tragique de l’existence.
C’est la science de l’ESSENTIEL (cf. P.BOUS : la musique de l’Esprit - Ed du Cerf).
c) Il nous permet de faire un bon usage des créatures, de vivre les détachements nécessaires vis à vis de biens matériels,
culturels, affectifs, apostoliques, spirituels - biens auxquels nous serions attachés d’une manière désordonnée.
Il soutient la dimension de l’ascèse de notre vie pour une plus grande liberté intérieure.
d) Face au tragique de l’existence , aux détachements à accepter qui peuvent être de véritables arrachements, l’Esprit-Saint,
le Consolateur, par le don de science, nous donne des grâces sensibles, un goût et une saveur aux choses spirituelles,
bien nécessaires dans ces moments douloureux.
« Heureux ceux qui pleurent, ils seront consolés ».
Sans faire fi de la nécessité de l’étude, de la méditation, ce don vise une compréhension juste de la Révélation, de la Parole de Dieu, des mystères de la Foi.
a) Il permet d’abord de distinguer tout de suite la vérité de l’erreur ou de ses déformations.
« L’Esprit-Saint nous conduit à la vérité toute entière » Jn 16, 13.
b) Il nous fait pénétrer plus avant, comprendre de l’intérieur (intellegere = lire de l’intérieur)
- la Parole de Dieu (cf. le récit des disciples d’Emmaüs, Lc 24, 13-35),
- les commandements de Dieu comme chemin de vie,
- l’enseignement de l’Eglise, si conforme à la dignité et à la vocation de la personne humaine,
- le sens de la liturgie, des sacrements.
En résumé, le don d’intelligence nous donne :
- le sens, la beauté, la splendeur de notre foi et de notre vie chrétienne
- la révélation de l’Amour divin.
c) Il nous donne ce qu’on appelle « les lumières dans l’oraison ».
d) Le don d’intelligence soutient ceux qui ont une responsabilité d’enseignement de la Foi (pasteurs, théologiens, catéchistes, ...)
e) Il nous permet de « voir tout en Dieu et de chercher Dieu en tout » (cf. St Ignace de Loyola)
« Heureux les coeurs purs, ils verront Dieu ».
Il couronne et parachève les autres dons.

Il nous permet de tout voir, connaître, saisir à partir du Coeur de Dieu, dans son regard d’amour.
Alors que le don de science nous donne une connaissance plus profonde de Dieu à partir du cosmos, nous élève des créatures au Créateur,
et que le don d’intelligence nous fait pénétrer les mystères de Dieu à partir de la Révélation,
« Le don de sagesse, pour ainsi dire, ne nous sort jamais du Coeur de la Trinité » (Cf. P.M.PHILIPPON : op.cit p.242).
Goûtant et voyant tout du Coeur même de la Trinité, à la manière de Dieu même, l’âme divinisée par l’Esprit d’Amour vit :
- une plus grande union à Dieu : le don de sagesse permet de goûter Dieu lui-même dans le fond de notre coeur et « d’expérimenter déjà un peu de la joie du Ciel ».
- le plus grand dynamisme apostolique, que l’on soit enfermé dans un cloître ou marchant sur les routes du monde.
Le don de sagesse communique à l’âme la passion d’amour qui habite le coeur de Dieu pour le salut du monde (cf. Mt 18,14)
et avec St Paul, l’âme peut dire : " ce n’est plus moi qui vis (qui aime) c’est le Christ qui vit (qui aime) en moi" cf. Gal 2,20.
Appréhendant tout de manière divine, « toutes choses qui paraissent dures à la nature, loin de nous étonner, peuvent même nous sembler douces » : en particulier, le coeur ne s’effraie plus autant de la souffrance, le don de sagesse alors nous établit et nous garde dans la paix profonde du Seigneur lui-même. Cf. Jn 14, 27, Gal 5, 22.
« Heureux les artisans de paix, ils seront appelés fils de Dieu ».
"Je vais vous révéler un secret de sainteté et de bonheur... Si tous les jours, pendant cinq minutes, vous savez faire taire votre imagination, fermer vos yeux aux choses sensibles et vos oreilles à tous les bruits de la terre, pour rentrer en vous-même, et là, dans le sanctuaire de votre âme baptisée, qui est le temple du Saint-Esprit, parler à ce divin Esprit, lui disant ;
O Esprit-Saint, âme de mon âme, je vous adore. Eclairez-moi, guidez-moi ,fortifiez-moi, consolez-moi ; dites-moi ce que je dois faire, donnez-moi vos ordres ; je vous promets de me soumettre à tout ce que vous désirez de moi et d’accepter tout ce que vous permettrez qu’il m’arrive, faites-moi seulement connaître votre Volonté...
Si vous faîtes cela, votre vie s’écoulera heureuse, sereine et consolée, même au milieu des peines, car la grâce sera proportionnée à l’épreuve, vous donnant la force de la porter, et vous arriverez à la porte du Paradis. Cette soumission au Saint-Esprit est le secret de la Sainteté."
Sur les dons du Saint-Esprit :
- P.M. PHILIPPON : la doctrine spirituelle de Soeur Elisabeth de la Trinité, chapitre 8 : les dons du Saint-Esprit. Ed DDB
- Card JOURNET : Entretiens sur le Saint-Esprit (deuxième partie) Collection Parole et Silence - Ed du CERF
- P.M.R. BOUS : La musique de l’Esprit - Ed du CERF
- Dom GUERANGER : Les dons du Saint-Esprit - Ed de SOLESMES