
Enseignement à des lycéens
Par le Père van der Borght.
On ne va pas se mettre devant un ostensoir sans savoir ce qu’on fait,
sans savoir qui on va regarder, qui on va rencontrer.
Des questions se posent à toi, que tu ne peux pas éluder :
Est-ce que c’est bien vrai tout cela ?
Ne serait-ce pas une invention de l’Eglise ?
Ce n’est pas commode de croire en Jésus-Eucharistie.
L’Eucharistie a remis en question ma foi de prêtre. Il y a eu un jour d’épreuve où, prêtre déjà, au plus épais de la nuit, j’ai dû choisir de croire : je crois parce que je veux croire. Une foi très pauvre, mais qui tient encore. Et cela fait cinquante ans que cela tient ! Et que cela me tient !
Je vous invite d’abord à regarder Marie de Magdala, la petite prostituée, celle que tout le monde montrait du doigt, la pécheresse, celle que tout le monde méprisait.
Celle qui est venue chez Simon le Pharisien, qui s’est jetée aux pieds de Jésus et a versé son parfum
(Ev. de St Luc 7, 36-50).
Celle à qui Jésus a dit : “ Tes péchés sont pardonnés ” (St Luc 7, 48).
C’est elle aussi qui sera, dans le jardin, le premier témoin de la résurrection (St Jean 20, 1-18 - St Luc 24, 1-12).
A tel point qu’elle va devenir le disciple des disciples, l’apôtre des apôtres, puisque c’est elle qui aura reçu la mission d’aller annoncer aux apôtres que le Christ est vraiment ressuscité.
Vous avez vu, dans l’extrait du film de Zefirelli,« Jésus de Nazareth », le succès qu’elle a eu auprès des apôtres !... Un succès d’estime qui se termine par des moqueries. Surtout Jean, quand il lui dit : “ Tu sais, ma petite Marie, tu es un peu fatiguée... tu devrais aller voir un psy... ” Il n’a pas dit cela comme cà, parce que cela ne se disait pas dans ce temps-là., mais c’est ce que cela veut dire (St Luc 24, 11).
Et puis, à la fin, elle s’est fâchée, parce qu’elle n’avait plus rien à dire, puisqu’ils ne voulaient rien entendre.
Elle a été courageuse, la petite Marie ; elle a tenu le coup ; elle a continué de porter son témoignage malgré les oppositions.
Cette petite femme toute fragile, toute petite, qui depuis deux ans avait été reconstruite dans l’influence de la Vierge Marie, depuis les rives du Lac de Tibériade jusqu’au pied de la Croix, depuis son état de prostituée jusqu'à la vocation de disciple du Seigneur...
Ce n’est pas commode de renoncer à son péché et de se laisser guérir de sa blessure...
Et c’est ce qu’a fait la petite Marie.
Les apôtres qui étaient là avaient du mal à la croire parce que c’était une femme : dans ce temps-là, les femmes n’avaient pas le droit de porter un témoignage. La femme n’était pas reconnue pour ce qu’elle était ; il a fallu toute l’éducation de l’Eglise pour que,
à l’école de la Très Sainte Vierge Marie, la femme puisse prendre sa vraie place aux côtés de l’homme, comme Marie aux côtés de Jésus.
Et Marie-Madeleine tombe dans ce groupe compact des onze qui ont renié ou qui se sont enfuis. Même Jean n’arrive pas à y croire.
(Tu pourras lire ou relire les divers récits des apparitions du Christ Ressuscité dans ton Nouveau Testament :
Evangiles de Matthieu, chapitre 28 ; Luc, chapitre 24 ; Marc, chapitre 16 ; Jean chapitres 20 et 21 ; 1ère lettre de Saint Paul aux Corinthiens, chapitre 15, 1-11.)
La suite de l’histoire nous montre que Marie est la première qui a pu dire : “ Il est vivant ! ”. Pierre et Jean vont aller au tombeau ; ils vont découvrir eux aussi la résurrection (St Jean, 20, 1-10). Deux hommes chemineront avec lui sur le chemin d’Emmaüs (St Luc 24, 13-35). Etc...
Et cela continue... 2000 ans après, on en parle encore.
1) Christ vivant
Il était fondamental que je vous parle de cela avant de parler de
l’Eucharistie, parce que si le Christ n’était pas ressuscité, Il ne
pourrait pas être présent à notre vie, dans l’Eucharistie .
Quand Jésus dit : “ Je suis avec vous tous les jours jusqu’à la fin des temps ” (St Matthieu 28, 20),
il ne peut le dire que parce qu’il est vivant, d’une autre vie que la nôtre : sa vie de ressuscité.
Nous, nous sommes vivants ; mais notre vie terrestre se termine par la mort.
Lazare a été sorti du tombeau et rappelé par Jésus à la vie de ce monde (St Jean 11, 1-45),
mais, maintenant, il est mort à nouveau.
Seul Jésus est ressuscité, vivant maintenant d’une autre vie qui est éternelle.
Cette autre vie n’est plus soumise au temps, ni à l’espace : il est ici et là-bas en même temps ; en ce moment je vais l’adorer sur l’autel de Tressaint et il sera en même temps présent dans l’église de la paroisse et dans tous les tabernacles du monde.
Il est présent partout en même temps, parce qu’il est ressuscité.
Il n’est pas vivant simplement : il est entré dans la Gloire avec son Corps, il est vivant de sa vie de ressuscité.
Et c’est cette vie qu’Il nous promet au terme de notre vie et de notre effort humain.
Christ, mort pour toi, est ressuscité en toi.
2) La Messe
Pourquoi la messe ?
Qu’est-ce qui me prouve que Jésus y est réellement présent ?
Mon corps livré, mon sang versé ” : qu’est-ce qui me prouve que c’est vrai ?
Réponse : Rien, sinon la Parole de Jésus.
Si tu crois en Jésus ressuscité, si tu crois qu’Il est assez puissant pour sortir vivant de la mort, Jésus par sa parole te dit :
“ Ceci vraiment est mon corps, ceci vraiment est la coupe de mon sang ”.
A chaque messe, avant de communier, comme tous les prêtres, je tiens le Corps du Christ un moment dans ma main.
Je me répète alors cette parole, que j’emprunte un peu à la Sainte Vierge, un peu au Curé d’Ars, un peu à Elisabeth de la Trinité.. : “ Celui que je porte, c’est lui qui me porte et qui porte le monde ”.
Ainsi, prêtre, chaque jour, je renouvelle ma foi dans le Christ Eucharistie, à travers la messe que je célèbre
et à travers l’Eucharistie que je reçois et que j’adore.
Il faut longuement manger Jésus des yeux dans l’adoration
pour apprendre à le manger des lèvres dans la communion.
“ Il prit du pain, il le bénit, il le rompit, il le donna à ses apôtres en disant : ceci est mon corps livré”
Qu’est-ce qui me dit que Jésus est présent ? C’est Lui !
Dans les quatre récits de l’Eucharistie (St Luc 22, 14-20 - Matthieu 26, 20-29 - Marc 14, 17-25 - 1 Corinthiens 11, 23-25), ces mots me sont dits, répétés, qui me permettent d’approfondir le mystère pour pouvoir contempler en vérité :
Si vraiment Jésus est vivant en moi, je suis son corps, et les mots qu’Il prononce sont pour moi, et non seulement pour ce morceau de pain et cette coupe qu’Il tient en Sa main.
a) “ Il prit du pain ”
Jésus dit cela devant moi. Il me prend, il te prend.
Laisse-toi saisir par le Christ.
Accepte de t’abandonner à la volonté du Père en te laissant volontairement diriger par l’Esprit :
« Seuls sont Fils de Dieu, ceux-là qui se laissent diriger par l’Esprit de Dieu. » (Romains 8, 25)
b) “ Il le bénit ”
En chaque Eucharistie Jésus, au nom de son Père, va m’apporter la grande bénédiction qui vient du cœur de Dieu, où il me saisit
tel que je suis et vient rayonner en moi de toute sa présence. Il me bénit.
C’est là que l’Eucharistie devient l’achèvement du sacrement du pardon :
- Par le péché, avec Dieu nous vivons une désunion.
- Au sacrement du pardon, nous vivons la ré-union.
- Mais nous sommes faits pour plus, pour la communion.
C’est ainsi que l’Eucharistie achève ce que commence le sacrement du pardon.
c) “ Il rendit grâce ”
Jésus au cœur de l’Eucharistie, se tourne vers son Père et lui dit merci pour ces hommes, ces femmes qui sont là,
qui viennent se laisser transfigurer par sa présence.
Car nous devenons Celui que nous mangeons.
Je suis la joie de Jésus, pourvu que sérieusement je lui donne du temps pour qu’il puisse me prendre, me bénir,
rendre grâce pour moi, en mon nom, à Son Père.
d) “ Il le rompit ”
Jésus te prend et te dit de te « mettre en quatre » pour le service de tes frères.
Te laisser rompre pour pouvoir servir, entrer en communion avec tous les frères qui ont besoin de toi.
On ne vit pas l’Eucharistie « sur tapis volant », mais au plus épais de la pâte humaine, au plus concret des appels et des interrogations de tous ceux au milieu desquels sont immergés les chrétiens.
L’Eucharistie est le sacrement du service.
Jésus nous le montre dans l’évangile de Saint Jean à travers l’événement-mystère du « Lavement des pieds » ( Jean 13, 1-20). Saint Jean ne nous montre pas l’institution de l’Eucharistie, mais il nous montre comment nous devons vivre de l’Eucharistie : quand tu as mangé le Pain, tu dois devenir bon comme du pain.
Le pain est le signe même du serviteur.
Il est bon, toujours prêt à servir ; il est doux : il ne se défend pas quand on le prend ; il ne choisit pas ceux qu’il sert, mais se donne de façon universelle ; il est humble : il ne se rengorge pas ; il est nécessaire à la vie. (Cf. 1 Corinthiens 13, 4-7 en parallèle avec
1 Corinthiens 11, 17-34)
L’Eucharistie nous fait entrer dans la béatitude du service fraternel :
« Je vous ai donné l’exemple, pour que vous agissiez comme j’ai agi envers vous...
« Heureux serez-vous, si vous le faites. » (St Jean 13, 15+17)
e) “ Il le donna... ”
C’est pour cela que l’Eucharistie s’achève non seulement dans la communion que l’on vit avec Jésus, mais dans la communion que Jésus nous demande d’avoir avec le monde.
« Allez ! Je vous envoie comme des brebis au milieu des loups » ; (St Luc, 10, 3)
Et Jésus explique son injonction par la parabole du Bon Samaritain (St Luc 10, 25-37)
La brebis au milieu des loups va se faire manger.
En France, 9 hommes sur 10 ne pourront communier au Christ qu’en "mangeant du chrétien".
Alors, comment vivre l’Eucharistie ?
Reprendre les mots que l’on entend à chaque messe :
“ Il prit du pain, il le bénit, il rendit grâce, il le rompit et le donna... ”
Fais-en ta prière et que, peu à peu, ils deviennent ta vie.
f) “ Ceci est mon corps livré, ceci est mon sang versé ”
La messe, alors, est le sommet de chacune de tes semaines :
tu as travaillé pendant toute une semaine, au milieu de tes frères et sœurs. Tu as travaillé des matières que tu aimais, d’autres que tu aimais moins. Avec des professeurs que tu respectais, avec qui tu étais à l’aise, d’autres dont tu avais un peu peur, certains qui ne t’intéressaient pas trop...
Tu as vécu une semaine. Tu es lourd de cette semaine. Tu arrives à la messe.
Le prêtre prend du pain. Et Jésus, dans ton cœur, te dit : « Dépose-toi sur la patène, à côté du pain, avec ta semaine telle qu’elle est, avec ses difficultés, son travail, ses joies, ses rencontres,...ta vie. »
Le prêtre prend du vin. Et Jésus te dit : « Coule-toi dans le calice, avec ta souffrance, tes doutes, tes déviations, tes interrogations, tes échecs, toutes ces petites morts de chaque jour,... ta vie. »
Et tu comprends alors comment tu entres dans la Messe de chacun de tes dimanches : quand le prêtre va dire : “ Ceci est mon corps livré ”, le pain devient le Corps de Jésus et toi qui es posé dans le pain, tu deviens vraiment participant du Corps de Jésus.
Le vin devient le Sang de Jésus et toi qui es là dans le calice avec le vin, tu deviens participant du Sang de Jésus, emporté dans le mystère de la Rédemption, pour toi et pour le monde.
g) “ Par Lui, avec Lui, en Lui... ”
« Par lui, avec lui, en lui, à toi Père tout honneur et toute gloire dans l’unité de l’Esprit. »
Tu te trouves emporté avec la vie concrète que tu as vécue depuis une semaine jusque dans les confins de la divinité.
Un tout petit peu plus... et tu te retrouverais en Dieu et tu ne pourrais plus « redescendre » !
Etre là, avec le pain, avec le vin ; être transformé, transfiguré par la parole du Christ ; être emporté vers le Père dans ce mouvement du Christ, Prêtre éternel et souverain.
Et puis, un jour, demeurer là où Il est (dans la communion éternelle du Père) : mystiquement, c’est-à-dire intérieurement, spirituellement, je peux le vivre à chaque messe, que je célèbre ou à laquelle j’assiste.
h) “ Le corps du Christ ”
Le prêtre me dit : « Le Corps du Christ »
Je tends la main et je reçois le Corps du Christ. Je le regarde et je l’adore.
« Celui que je porte, c’est lui qui me porte et qui porte le monde... »
Je communie au Corps du Christ et très vite je pars vers le monde pour que le monde puisse communier à ma vie afin de communier au Christ. C’est ça la messe. Un peu.
La messe est un secret d’amour, le secret de Dieu. On rentre dedans peu à peu.
i) Prie, communie,..., sois apôtre.
De plus, la Messe est le secret d’un apostolat facile et c’est le fondement même de ta vie d’apôtre.
Ton témoignage commence et s’achève dans le Mystère de l’Eucharistie : c’est là que tu puiseras la force de l’Esprit pour témoigner du Christ au milieu de tes frères ; c’est à l’Eucharistie que tu les amèneras pour les amener à Jésus-Christ.
Rappelle-toi que le Seigneur t’a donné deux mains. Quand tu vas à la messe le dimanche, vas-y avec un ami dans chaque main.
Je me rappelle cette jeune fille, proche de moi quand j’avais ton âge. Chaque dimanche elle allait fidèlement à la Messe. Elle avait pris l’habitude d’aller chercher une de ses camarades de classe dont la famille était assez violemment anti-chrétienne et de l’inviter à l’accompagner à la Messe du dimanche.
Maintenant cette jeune fille, toujours chrétienne bien sûr, est mère et grand-mère. Et sa camarade qui n’avait que bien peu de chances de demeurer chrétienne, est consacrée au Seigneur.
Comme il est simple d’aider tes camarades à demeurer fidèles à l’Eucharistie : il suffit d’être fidèle soi-même et d’inviter les autres. Le reste est l’affaire du Seigneur par son Esprit Saint.

Pendant l’adoration, tu vas avoir l’occasion de laisser Jésus descendre dans les profondeurs de ton cœur.
Pour cela, il faut du temps et il faut que tu permettes à Jésus d’entrer :
« Je suis à ta porte et je frappe ; si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte, je rentrerai chez lui, je souperai avec lui, moi près de lui et lui près de moi. » (Apocalypse 3, 20)
Tu vas te répéter les mots de chaque consécration :
“ Il prit du pain, il le bénit, il le rompit, il rendit grâce, il le donna... ”
Tu vas regarder dans ton cœur la messe, telle que tu l’as vécue, telle qu’on te l’a expliquée :
“ Mon corps livré, mon sang versé ”
“ A toi, Père, tout honneur et toute gloire ”
“ Le corps du Christ, prenez, mangez ; prenez, buvez ”
“ Allez ! je vous envoie comme des agneaux au milieu des loups ”
Durant l’adoration, tu renouvelleras ta foi dans le Christ Eucharistie,
car ce n’est pas commode de croire, et tu es ou tu seras attaqué sur l’Eucharistie.
Etre tenté, c’est normal : Satan ne dort jamais ; il n’est jamais en repos puisqu’il n’aime pas.
Mais Jésus ressuscité dit à Thomas et, à travers lui, à toute l’Eglise et au monde (St Jean 20, 29) :
« Bienheureux ceux qui croient sans avoir vu. »
Et puis, sous le regard de Dieu, tu pourras vivre plusieurs moments :
1° Contempler longuement, contempler amoureusement le Seigneur et te laisser regarder par lui :
« Le Seigneur me regarde en silence comme quelqu’un qui préfère un ami. » (Claudel).
Le regard que tu poses sur Jésus te lave de tous les regards qui peuvent te troubler ou t’inciter à la violence.
2° Tu réfléchiras aux appels de Jésus :
« Qu’est-ce que Jésus attend de moi ? »
Autrement dit : « Quel est le chemin de mon plus grand bonheur ? »
3° Pour t' aider dans la prière, si tu n’arrives plus à prier, prends l’évangile et lis la Passion de Jésus.
Arrête-toi sur un passage de la Passion qui vient toucher ton cœur. A travers ce passage, Jésus veut te guérir.
Adorer, c’est manger Jésus des yeux,
pour apprendre à Le manger des lèvres.
