Saint Joseph

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" Parole pour aujourd'hui"

 

Enseignement du Père Christian Faimonville

 


On ne peut entrer dans le mystère de Saint Joseph, comprendre sa grandeur toute intérieure,
sans nous rappeler que Joseph a été choisi par Dieu pour coopérer, d’une manière unique,
plus qu’aucune autre personne en dehors de Marie, au Mystère de l’Incarnation rédemptrice.


Joseph est relatif à Marie,
Et tous deux sont relatifs à Jésus, le Fils bien-aimé du Père.
Tous deux sont les premiers dépositaires de cette révélation que Dieu fait de Lui-même ,dans le Christ.

Le mystère de notre salut est un mystère familial.
C’est Dieu lui-même qui a choisi Saint Joseph
pour être l’époux de Marie et le père adoptif de son Fils,
et donc le chef de la Sainte Famille.

Cela ne veut pas dire que Joseph et Marie soient programmés…

 

1.Joseph : un juste selon l’Ancien Testament et Abraham

Joseph est un juste, selon les trois niveaux de la justice qui se développent au cours des siècles dans l’histoire d’Israël :

a- L’observance et la fidélité à la Loi, c’est-à-dire la Torah.

b- Avec les prophètes, cette fidélité à la loi, qui pourrait devenir matérielle, extérieure, s’approfondit, s’intériorise en bonté, miséricorde.

c- Puis, à l’approche du Nouveau Testament, avec les livres de Sagesse,
la justice, c’est entrer dans la sagesse de l’amour,
c’est s’ajuster à la volonté de Dieu qui est toujours un dessein d’amour.

Joseph, en tant que juste, fait partie de ceux que l’on appelle les « anawim »,
les pauvres du Seigneur, comme Marie, Elisabeth, …

Leur attitude spirituelle se distingue par :
- un sens très grand de la souveraineté de Dieu, qui leur confère
- une confiance humble et sans limites, et les ouvre à
- une espérance renouvelée et purifiée.

Le juste, "l’anaw", est d’abord :
- celui qui écoute et qui obéit ("shema Israël" - Deutéronome 6)
- celui qui vit dans l’adoration, qui respecte les droits de Dieu
- celui qui vit dans la confiance et l’espérance
- celui qui vit la bonté et la miséricorde vis-à-vis de ses frères,
qui respecte les droits d’autrui.
- celui qui s’ajuste amoureusement à la volonté de Dieu.
« A l’amour qui t’emporte, ne demande pas où il va ».

Joseph, l’homme juste, possède avant tout les caractéristiques très claires :
- d’époux : c’est la première révélation qui nous est faite, en St Matthieu et en St Luc
- de père.

 

2.Un vrai mariage

On n’imagine pas Marie et Joseph entrant dans le mariage à contre cœur.
St Thomas d’Aquin explique que leur mariage est un mariage véritable, parfaitement constitué.

Le mariage est une communauté de personnes,
une communauté profonde de vie et d’amour établie sur l’alliance des conjoints,
c’est-à-dire sur leur consentement personnel et irrévocable.
Les époux sont comme consacrés l’un à l’autre et à la vie de la famille.

Le mariage de Marie et de Joseph nous rappelle que l’essence du mariage
est dans l’union des personnes, dans la volonté d’appartenance mutuelle
et non pas dans le seul don physique.

L’exemple de Marie et de Joseph n’est pas une condamnation du don charnel dans le mariage,
mais il est un appel à la maîtrise de la chair,
à l’intégration et à l’assomption du dynamisme de la sexualité.
L’amour conjugal ne se réduit pas à la réalité charnelle, à un élan passager, à une passion subite.
Il appelle une communion des cœurs et des esprits et de la vie tout entière.
C’est à cette profondeur que les époux doivent instaurer entre eux dialogue, échange, communion
et qu’ils trouveront la plénitude à laquelle leur amour aspire.

Ainsi, Marie a aimé Joseph de l’amour de l’épouse,
Joseph a aimé Marie de l’amour de l’époux.

Les couples chrétiens peuvent contempler en Marie et Joseph
un couple merveilleusement amoureux et des parents d’une générosité inouïe.
Quel amour !
Quelle tendresse devait les unir !
Quelle dépossession de soi, quelle fidélité devaient-ils vivre !
Quel accueil de la vie !
Quel service de la communauté !
Pourquoi ? Parce qu’ils se laissaient sans cesse conduire par l’Esprit Saint.

Et pourtant, les épreuves, les angoisses, ne leur ont pas manqué…
La fuite en Egypte, le massacre des innocents, Joseph émigré, l’occupation romaine,…
Mais ces épreuves, ils ont dû les vivre dans cette paix profonde de se recevoir l’un l’autre comme un merveilleux cadeau de Dieu.
Marie ne manquait certainement pas de remercier le Seigneur pour la beauté et la générosité de Joseph, pour sa délicatesse.
Et l’on imagine facilement Joseph s’extasier devant ce chef d’œuvre de Marie que Dieu lui avait donné à aimer, à chérir.

 

3.Une vraie famille

Dans la logique de l’Incarnation, une mère est une épouse accomplie.
Son amour maternel est le débordement sur l’enfant de l’amour qu’elle donne et reçoit dans le mariage.
De même pour le père.
Nous savons aussi que l’enfant, plus encore que de l’amour de son père et de sa mère, l’enfant a besoin de voir, de sentir que ses parents s’aiment l’un l’autre.
L’enfant est déstabilisé et se culpabilise s’il perçoit des discordes entre ses parents.

Joseph est vraiment père.
Les sciences humaines mettent en lumière l’importance de l’image paternelle pour qu’un garçon puisse construire sa personnalité d’homme. Cela éclaire singulièrement la figure de Joseph.

Pour que Jésus, le Fils de l’Homme, le Nouvel Adam, l’Homme nouveau par excellence, puisse se construire dans son humanité, il a fallu qu’il puisse s’identifier, s’opposer et admirer un homme d’une taille exceptionnelle.
Jésus ne triche pas avec la condition humaine.
Il la vit pleinement.

Le Père des Cieux a choisi Joseph et a donné à Jésus cet homme exceptionnel comme père adoptif sur la terre.
Par ricochet, en quelque sorte, la stature humaine de Jésus nous éclaire sur celle de Joseph.

N’est père que celui qui est père adoptif,
C’est-à-dire celui qui adopte pleinement son enfant.
Il ne suffit pas d’être père génétique pour être père.
Et Joseph assume pleinement dans les événements son rôle de chef de famille.

Il a fallu en même temps à Joseph une stature spirituelle extraordinaire pour assumer sa vocation
et laisser place à Dieu dans le cœur et la chair de Marie, sans frustration ni agressivité,
mais dans la tendresse et l’amour.

Voilà qui n’est pas sans éclairer les maris et les pères d’aujourd’hui :
eux aussi doivent être solides, aimants, chastes et assez adultes pour suivre leur propre vocation,
et en même temps, laisser place à la vocation de leurs enfants.

 

4.Joseph, chef de la Sainte Famille

Les évangiles de l’enfance nous montrent comment Joseph, au cours des événements, assume son rôle de chef de famille.

A notre époque où beaucoup de désordres viennent de ce que l’on confond autorité et pouvoir,
St Joseph nous rappelle que l’autorité est un service que Dieu confie.
Plus que tout autre, St Joseph l’a exercé en serviteur humble, fidèle, avec la sagesse de Dieu.

A ce propos, le Père Varillon relève, dans la vie de la Sainte Famille, un paradoxe, une chose extraordinaire : l’ordre des fonctions est l’inverse de l’ordre de la valeur ou du mérite :

Jésus, qui est le plus grand (il est le fils de Dieu fait homme, le Saint)
obéit à Joseph et à Marie.

Marie, l’Immaculé, créature comme nous,
commande à Jésus,
mais obéit à Joseph.

Joseph, le plus petit des trois,
commande à Jésus et à Marie.
Joseph, si juste qu’il soit, « juste comme le palmier au bord de l’eau »
si grand qu’il soit, est le seul pécheur de la famille.

Et le Père Varillon ajoute :
« Etant supérieur, je disais volontiers aux pères qui venaient me trouver :
Je vous en prie, parlez franchement : le respect que nous devons aux supérieurs
ne doit pas nous empêcher de présenter nos objections, et avec énergie…
Vous avez la parole, jusqu’à l’avant-dernier mot inclusivement ;
mais le dernier mot, je n’y peux rien, il faut bien que je le garde puisqu’on m’a nommé pour que j’aie le dernier mot.

Mais le supérieur doit peut-être s’incliner intérieurement, et dire dans sa prière : je ne suis pas digne d’être supérieur,
car il y en a dans la communauté qui valent bien mieux que moi. »

Le bon Joseph est là ;
Il faisait son examen de conscience comme vous et moi ;
Mais c’est lui « le patron » qui prend les initiatives.
L’autorité est fondée sur la gratuité de l’appel (indépendamment des mérites et vertus).

5.Joseph, gardien de l’Eglise

Joseph est signe de la vocation du berger, du père spirituel, et donc de tout prêtre.

Analogiquement, le prêtre vit avec la communauté, la portion de l’Eglise qui lui est confiée, la relation que Joseph vit avec Marie.

Tout prêtre peut dire de la communauté d’Eglise qui lui est confiée :
« Ce qui est engendré en elle vient de l’Esprit Saint ».

La paternité spirituelle du prêtre s’exprime concrètement dans le fait d’avoir fait de sa vie un service,
un don total de soi au Christ et à l’Eglise, comme St Joseph l’a vécu pour la Sainte Famille et l’Incarnation Rédemptrice.