Le repas Pascal Juif : préfiguration de l'Eucharistie

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" Parole pour aujourd'hui"

 

Homélie du Père Christian Faimonville

 

Dans le pays d'Egypte, le Seigneur dit à Moïse et à son frère Aaron : "Ce mois-ci sera pour vous le premier des mois, il marquera pour vous le commencement de l'année. Parlez ainsi à toute la communauté d'Israël : Le dix de ce mois, que l'on prenne un agneau par famille, un agneau par maison. Si la maisonnée est trop peu nombreuse pour un agneau, elle le prendra avec son voisin le plus proche, selon le nombre des personnes. Vous choisirez l'agneau d'après ce que chacun peut manger. Ce sera un agneau sans défaut, un mâle, âgé d'un an. Vous prendrez un agneau ou un chevreau. Vous le garderez jusqu'au quatorzième jour du mois. Dans toute l'assemblée de la communauté d'Israël, on l'immolera au coucher du soleil. On prendra du sang que l'on mettra sur les deux montants et sur le linteau des maisons où on le mangera.
On mangera sa chair cette nuit-là, on la mangera rôtie au feu, avec des pains sans levain et des herbes amères. Vous mangerez ainsi : la ceinture aux reins, les sandales aux pieds, le bâton à la main. Vous mangerez en toute hâte : c'est la Pâque du Seigneur. Cette nuit-là, je traverserai le pays d'Egypte, je frapperai tout premier-né au pays d'Egypte, depuis les hommes jusqu'au bétail. Contre tous les dieux de l'Egypte, j'exercerai mes jugements : je suis le Seigneur. Le sang sera pour vous un signe, sur les maisons où vous serez. Je verrai le sang, et je passerai : vous ne serez pas atteints par le fléau dont je frapperai le pays d'Egypte.
Ce jour-là sera pour vous un mémorial. Vous en ferez pour le Seigneur une fête de pèlerinage. C'est une loi perpétuelle : d'âge en âge vous la fêterez."


Exode 12, 1-8. 11-14

 

Ces chapitres de l'Exode nous donnent le déroulement du repas pascal juif
qu'il ne faut pas séparer du passage de la mer rouge.




I - La Pâque juive

Aujourd'hui encore, pour les juifs,Plat du Seder
c'est la plus grande fête de l'année ;
c'est le sommet de l'année liturgique.
C'est la célébration de l'exode , de la délivrance,
de la libération de l'Egypte :
événement fondateur de l'histoire du peuple d'Israël.
Au cours de cette célébration, l'Alliance est solennellement renouvelée.
Au cœur du repas pascal,
il y a un sacrifice d'action de grâce et de communion.
Il y a la grande bénédiction, le chant des psaumes,
du grand Hallel qui célèbrent les merveilles du Seigneur,
sa fidélité, sa tendresse, sa miséricorde.
Tous les symbolismes de ce repas sont parlants.

 

II - De la pâque juive à la pâque chrétienne

Lorsque nous méditons ces grands textes, nous qui croyons au Christ, n'oublions pas comment Jésus est venu accomplir, transformer tous ces rites.

1) Jésus, en fidèle juif qu'il était a vécu ces célébrations chaque année. Il en connaît donc parfaitement tout le sens ainsi que les détails.
C'est au cours du repas pascal juif que Jésus institue l'Eucharistie.
En effet, toute libération humaine annonce la libération définitive qu'apporte Jésus dans sa passion d'amour et sa résurrection : "Jésus est vainqueur et il nous délivre des oppressions les plus redoutables que sont le péché et la mort.

2) Ainsi, Jésus reprend toutes les dimensions du repas pascal et les accomplit en sa propre personne, au cœur même des événements de la Passion.
"… quand on songe que tous ces évènements de l'Exode, qui s'étaient déroulés sous la direction de la Providence,
correspondaient dans la pensée de Dieu à la vision du Christ Rédempteur crucifié… A travers tous ces rites,
Jésus savait que c'était lui, qui était annoncé…"
Ainsi s'émerveille le père Voillaume :
le véritable Agneau Pascal c'est Jésus et le repas pascal préfigure
le grand mystère de l'Eucharistie.




III - Le mémorial

Ce qu'il n'est pas :

1) Le mémorial n'est pas une commémoration, c'est-à-dire la célébration d'un souvenir,
par exemple comme on fête le 14 juillet ou le 11 novembre.

2) Il n'est pas non plus une réitération ; il ne refait pas ce qui a déjà été fait, on ne recommence pas :
Jésus n'a célébré qu'une seule messe.

De quoi faisons-nous mémoire dans l'Eucharistie ?

Non plus du passage de la mer rouge, comme dans la pâque juive, mais du passage du Christ à son Père : c'est la Pâque du Seigneur, son Mystère Pascal, sa mort d'amour sur la croix et sa résurrection que Jésus anticipe à la Cène, le jeudi saint,
pour le salut du monde, pour que tous les hommes aient la Vie.
Pour comprendre ce qu'est le mémorial, il convient de nous plonger dans la liturgie juive.

Lorsque nos frères juifs font mémoire -mémorial -, par exemple à Pâque ou à Pentecôte, que font-ils ?
Que signifie pour eux le mémorial ?
Le mémorial n'est pas un acte mental ; il a toujours une connotation de PRESENCE et il comporte quatre dimensions.
Il s'agit alors de transposer pour l'Eucharistie.

1 - L'événement fondateur unique n'est jamais reproduit par les multiples célébrations qui en font mémoire.
Pour nous l'événement unique, c'est le mystère pascal.
Comment comprendre qu'il n'est jamais reproduit ?

- Dans l'Esprit-Saint, par la résurrection, l'offrande d'amour du Christ est devenue éternelle
et donc elle est toujours actuelle.
Sa mort d'amour sur la croix est un fait du passé,
mais sa résurrection rend son offrande d'amour présente à tous les moments du temps.

- Nous ne la rendons pas actuelle, nous ne la rendons pas présente : elle l'est.

- C'est la présence permanente du sacrifice de sa vie que Jésus a opéré par sa mort sur la croix qui nous et donnée.
Ce don nous est fait dans la présence permanente de son corps livré et de son sang versé, chaque fois que nous célébrons l'Eucharistie.

Conséquences :
- la croix et l'Eucharistie sont un seul et même sacrifice :
c'est important de le redire pour le dialogue œcuménique.
- Par l'Eucharistie, le Christ ressuscité ne cesse de sauver ce monde, de donner la rédemption à ce monde,
de lui donner la vie plus forte que la mort.

2 - Les célébrations rendent mystérieusement présents à l'événement fondateur-unique

Autrement dit, à chaque messe, au moment de la consécration, nous sommes rendus présents, mystiquement, mais réellement à la Cène et au sacrifice de la croix.

Les conditions de l'espace et du temps sont abolies et nous devenons mystiquement, mais réellement, pendant ce moment, contemporains de la mort d'amour du Christ sur la croix.
Avec Marie, avec St Jean, avec les saintes femmes.

Ce qui est signifié par la double consécration du pain et du vin qui évoque l'écartèlement du corps du Christ.

Et si nous célébrons la messe chaque jour, c'est pour permettre à tous les hommes de tous les temps d'être rendus
présents à l'unique sacrifice du Christ pour y être plongés.
Parce que tous les hommes de tous les temps ont besoin d'être sauvés et de s'abreuver à cette source divine.

3 - Faire mémoire, c'est être personnellement insérés dans l'événement fondateur-unique.

Gamaliel, le maître de St Paul (cf. Ac 5, 34 - 22, 3) disait :
"… il faut que chaque génération, chaque homme se considère comme ayant été libéré lui-même
de la servitude de l'Egypte.
Il faut que tout Israélite sache que c'est lui qui a été libéré de la servitude
(en faisant mémoire de la Pâque et de l'Alliance)"
Et chacun se doit d'entrer dans cette libération donnée par Dieu.

Autrement dit, le mémorial signifie qu'on entre DEDANS.

Pour nous, lorsque nous participons à l'Eucharistie, nous ne pouvons pas rester à l'extérieur.
N'oublions pas que l'Eucharistie n'est pas seulement célébration de la Présence et communion à la présence.
Mais l'Eucharistie est célébration du Christ Jésus vivant, présent et OFFERT.

Entrer DEDANS, dans l'Eucharistie, signifie que, nous aussi, avec toute l'Eglise, nous avons à nous offrir
dans l'unique offrande du Christ.

Ce don de nous-mêmes déborde de toutes parts le temps de la célébration, pour s'inscrire dans toute notre vie.
Nous participons à l'Eucharistie pour que toute notre vie devienne eucharistique.

C'est dans le discours sur le Pain de Vie, le troisième fruit de l'Eucharistie : la consécration du chrétien au Christ,
que Jésus exprime en Jn 6, 57 :
"… de même que le Père qui est vivant m'a envoyé et que je vis PAR (et POUR) le Père,
de même celui qui me mange vivra PAR (et POUR) moi…"
A la manière du Fils bien-aimé, l'Eucharistie est un appel à vivre, à travers nos tâches quotidiennes, selon notre vocation, notre mission, notre situation, et dans tous les domaines de notre vie : familiale, professionnelle, sociale, une offrande à la louange de la gloire du Père.

"… je vous exhorte, donc, frères, au nom de la miséricorde de Dieu, à vous offrir, vous-mêmes, en sacrifice vivant,
saint et agréable à Dieu : c'est là votre culte spirituel.
Ne vous conformez pas sur le monde présent, mais soyez transformés par le renouvellement de votre intelligence,
pour discerner la volonté de Dieu : ce qui est bien, ce qui lui plaît, ce qui est parfait…"
St Paul en Rm 12, 1-2

 

4 - Le mémorial anticipe l'achèvement du dessein d'amour de Dieu : le monde à venir nous est ouvert.

L'Eglise s'ouvre aussi à l'avènement du monde nouveau.
"… chaque fois que vous mangez ce pain et buvez à cette coupe, vous annoncez la mort d'amour du Seigneur jusqu'à ce qu'il vienne…" 1 Co 11, 26

Cette annonce ne consiste pas seulement à commémorer un événement du passé mais à participer déjà au terme de l'action rédemptrice de Dieu.
C'est par le Christ et dans le Christ que le monde est sauvé et que la création toute entière est déjà renouvelée.

 

Note : Le sens du mémorial nous aide à mieux comprendre le sens des prières d'intercession.

La prière n'est pas seulement une supplication vers Dieu, un marchandage pour nos frères.
Quand nous prions pour les autres, nous les rendons présents dans le sacrifice du Christ.
Nous insérons nos frères, leurs besoins, leurs joies, leurs souffrances, dans le grand acte de la Rédemption.

On n'est jamais seul à la messe, on y arrive lourd de toutes ses solidarités avec tous ceux dont on partage la vie.

C'est pourquoi l'intercession est toujours insérée dans la prière eucharistique.
C'est l'image du corps du Christ en croissance.
L'Eglise, dans un mouvement de rassemblement de toute la réalité humaine,
vit l'acte d'offrande le plus total du Christ vers son Père.

Vezelay