Voulez-vous vous reposer ?

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" Parole pour aujourd'hui"

 

Homélie du père Christian Faimonville

 



En ce temps-là, Jésus prit la parole et dit :
"Je te bénis, Père, Seigneur du ciel et de la terre,
d'avoir caché cela aux sages et aux habiles
et de l'avoir révélé aux tout petits.
ère, car tel a été ton bon plaisir.
Tout m'a été remis par mon Père
et nul ne connaît le Fils si ce n'est le Père,
comme nul ne connaît le Père si ce n'est le Fils,
et celui à qui le Fils veut le révéler.

Venez à moi, vous tous qui peinez et ployez sous le fardeau,
et moi je vous soulagerai.
Chargez-vous de mon joug et mettez-vous à mon école,
car je suis doux et humble de cœur,
et vous trouverez soulagement pour vos âmes.
Oui, mon joug est aisé et mon fardeau léger."


(Matthieu 11, 25-30)






Qui ne souhaite pas un temps de vrai repos,
de vraie détente, de vacances… ?
et du soleil … ?
Et c'est vrai, nous en avons tous besoin… cela fait partie de nos rythmes humains…
spontanément, nous pensons au repos de notre corps, de notre intelligence.

Pensons-nous à notre cœur, à notre âme, au tréfonds de notre être ?
Dans ce monde inquiet, angoissé, nous ressentons tous le besoin de paix, d'harmonie, d'unité… où trouver ce vrai repos ?
Jésus nous répond aujourd'hui et nous rappelle, en même temps ce que c'est d'être chrétien, de s'affirmer chrétien.
La structure de ce passage d'évangile nous montre que le cœur est un APPEL : "Venez à moi".


I - "Venez à moi"

C'est-à-dire croyez en moi, adhérez à ma personne, à ma Parole, appuyez-vous sur moi : c'est l'attitude de tout disciple du Christ
et nous sommes tous appelés.
Puis Jésus nous donne les dispositions du cœur nécessaires pour venir à Lui, avec son sens pédagogique habituel.

1 - Il souligne d'abord, de façon négative, ce qu'il ne faut pas être
"Je te rends grâce… d'avoir caché cela aux sages et aux habiles"
Attention, ce n'est pas une opposition entre la sagesse et la bêtise.
Les sages, ici, ou ceux qui se croient tels, ce sont ceux qui ne se fient qu'à leur intelligence, qu'à eux-mêmes, qui s'enferment dans leur intelligence. Au maximum, ils pourront être déistes : croire qu'il y a quelque chose au-dessus de leur tête. Mais Dieu le Père, en tant que Père leur échappe.
Les habiles, ce sont peut-être ceux qui vont à Jésus par simple curiosité ou pour le mettre à l'épreuve.

Si les sages, les habiles se trouvent éloignés ainsi, ce n'est pas qu'ils soient exclus de la Révélation que Jésus donne du Père, mais c'est qu'ils refusent d'entrer dans une démarche de conversion qui les ferait accéder à la foi.

2 - Jésus constate d'une manière positive que ceux qui viennent à lui, ceux qui l'accueillent ce sont les tout-petits ; il faudrait traduire les sans-voix.
Ils n'ont pas d'éloquence, ils sont sans paroles, comme les petits enfants. Ils sont aussi sans force, ce ne sont pas des forts, ce sont des essoufflés ; ils sont écrasés par leurs fardeaux, ils trébuchent. Ce sont des pauvres qui savent qu'ils ne peuvent pas s'en tirer tout seuls : Marie-Madeleine, Zachée…etc.

3 - Cela implique non seulement une pauvreté de fait mais aussi la pauvreté de cœur.

Les qualités du cœur de Jésus : "Je suis double et humble de cœur"

1 - La docilité
Au plan humain, c'est une vertu de l'intelligence qui s'émerveille devant le réel (ce qui est différent des idéologies qui tordent le réel). C'est accepter de se laisser enseigner comme Jésus se laisse enseigner par le Père. Cela ne signifie pas être perméable à toute doctrine, à toutes les idées à la mode (l'homme éponge de Valéry). Ceux qui sont perméables à tout vent de doctrine sont ceux qui ne se fient qu'à eux-mêmes.
Dans la bible, le cœur docile est le cœur qui écoute et qui acquiert la faculté du discernement.

2 - L'humilité
Chemin de Jésus par excellence… l'abaissement.
L'humilité est le fondement de notre être spirituel ; l'humilité, c'est la vérité.
L'humilité nous donne d'accueillir la Parole de Dieu telle que l'Eglise nous la transmet depuis 2000 ans.
La foi n'est pas un self service : ce n'est pas de faire son propre cocktail ni de faire du zapping.
Douceur et humilité nous mettent dans une attitude d'accueil.

3 - La réceptivité
Cette attitude d'écoute, d'accueil est déjà au plan humain une des conditions de notre épanouissement.
Jésus est tout accueil du Père. Il se reçoit sans cesse du Père.
Or, dans notre monde, la réceptivité est en détresse : nous vivons sous la double tyrannie de "fais-le toi-même et crie-toujours-davantage. C'est pourquoi, si souvent, nous vivons à la superficie de nous-même.
Nous avons beaucoup de mal à vivre l'intériorité, cette attitude d'accueil vis à vis de nos proches, vis à vis de Dieu.
Cette attitude est d'une haute importance pour la foi : le foi est ACCUEIL du don de Dieu. La foi n'est pas de l'ordre du forcing ou de la méthode Coué.
La foi nous appelle à accueillir Dieu le Père tel qu'Il se donne en son fils Jésus.

 

II - "Venez à moi" : pourquoi ?

... Et vous connaîtrez le Père !
"Tout m'a été confié par mon Père ; personne ne connaît le fils sinon le Père et personne ne connaît le Père, sinon le Fils et celui à qui le Fils veut le révéler". (Matthieu 11, 27)

Voilà pourquoi Jésus est venu : pour révéler le Père et son amour pour nous, pour nous faire entrer dans cette intimité que lui-même vit avec le Père.

Ce n'est pas une connaissance intellectuelle qui serait le fruit de nos spéculations ou de la science humaine. Seul Jésus, le Fils bien-aimé, le Fils unique peut nous faire entrer dans cette connaissance profonde, amoureuse de Dieu notre Père, de qui vient tout don parfait. C'est le grand désir de Jésus et le bon plaisir du Père.
Attention à l'ambiguïté du terme "bon plaisir". C'est son eudokia : cette disposition du cœur du Père qu'Il révèle au baptême :
"Tu es mon fils bien-aimé".
L'eudokia du Père, c'est le plaisir qu'il prend à nous faire du bien, à nous aimer.
Nous sommes tous les bien-aimés de Dieu.
Telle est la Bonne Nouvelle, la révélation de la douce compassion de Dieu.

III – « Venez à moi, vous qui ployez sous le fardeau
et vous goûterez le repos, la consolation ».


1 - Le Seigneur sait bien que nous portons des fardeaux : dans notre vie familiale, professionnelle, apostolique.
Si nous les mettons dans le cœur du Seigneur qui prend soin de nous (1 P. 5), cela ne veut pas dire qu'il nous donnera des solutions toutes faites, mais il nous donnera de les porter autrement avec sa force.
Et nous savons dans la foi que Jésus les porte avec nous.

2 - Le fardeau, le joug évoque ici surtout la loi de Moïse et les préceptes ajoutés par les scribes et les pharisiens mais aussi la loi morale que nous avons tant de mal à porter, face à laquelle nous trébuchons. Le fardeau est d'abord notre péché.

Jésus nous dit : "prenez sur vous mon joug, mettez-vous à mon école ; mon joug est facile à porter et mon fardeau léger".
C'est Jésus qui est notre loi.

Se mettre à l'école du Christ, nous charger de son joug :
c'est faire mourir en nous le péché et vivre dans l'Esprit-Saint, vivre pleinement comme Jésus et avec lui, notre vie filiale,
entrer dans la confiance vis à vis de Dieu notre Père.

Se mettre à l'école du Christ, prendre sur nous son joug, c'est vivre :
non pas à la force de nos poignets, nous raidir sur notre propre moi, notre volonté propre
mais c'est accueillir l'Amour divin, dans l'Esprit-Saint qui nous est donné sans cesse, c'est lui qui est notre force, la loi nouvelle.

St Thomas d'Aquin dit :
"La loi nouvelle, c'est quelqu'un, ce n'est pas d'abord le sermon sur la montagne, c'est l'Esprit Saint en nos cœurs. La loi nouvelle n'est pas d'abord une norme, ni le précepte d'aimer mais un dynamisme."

La différence entre la loi et la grâce :
la loi ordonne de faire
la grâce donne le dynamisme pour le vivre.


Se mettre à l'école du Christ, c'est entrer dans le projet d'amour de Dieu dans notre vie, répondre aux appels de l'Esprit
dans notre vie quotidienne et en recevoir les fruits.


"Le fruit de l'Esprit est charité, joie, paix, longanimité, serviabilité, bonté, confiance dans les autres, douceur, maîtrise de soi"
(Cf Galates 5, 22-25)


C'est recevoir le repos de Dieu


Se mettre à l'école du Christ
, c'est aussi entrer dans sa grande prière de louange.
Cette prière nous est précieuse ; elle est une des rares prières exprimées par Jésus.
Au cœur de son activité missionnaire, malgré les oppositions, les apparences contraires, Jésus vient d'exprimer une longue plainte sur les villes qui ne l'accueillent pas. Jésus loue son Père parce qu'Il voit le règne de Dieu qui avance dans le monde.

Combien avons-nous à demander la grâce de discerner dans notre monde, dans notre vie, les signes du Règne, signes de la présence et de l'action de l'Esprit-Saint et, à la manière de Jésus, de tout reporter au Père dans la louange et l'action de grâce !

Conclusion

1 - Ce texte d'évangile que nous avons médité, nous invite à revivre une expérience première :
s'affirmer chrétien, n'est-ce pas comprendre de l'intérieur et revivre ce qu'a vécu St Augustin :
"Tu nous a faits pour toi Seigneur et notre cœur est sans repos tant qu'il ne demeure en toi".
Quel repos que de se savoir aimés de Dieu ! quel repos que de se savoir tenus sans cesse dans sa main !
Quel repos que de se savoir enveloppés de sa douce compassion !
Quel temps allons-nous donner au Seigneur pour qu'il nous fasse entrer dans son repos, revivre cette expérience ?

2 - Nos attitudes, nos actes seront justes s'ils s'enracinent toujours dans cette expérience :
s'affirmer chrétien, n'est-ce pas aussi se faire témoins de la consolation que nous avons reçue de Dieu,
c'est-à-dire de sa douce compassion : soulager aussi bien ceux qui sont sous la botte des puissants que ceux qui gémissent
sous le poids de leur culpabilité ou traînent leur vie comme un boulet.
Combien de frères et sœurs, dans notre monde, proches ou lointains en ont besoin !

Seule la connaissance profonde de la grande compassion de Dieu,
révélée en Jésus-Christ,
nous permettra de nous affirmer chrétiens.