.                                P. Frédéric Rousteau

Homélie du Père Frédéric Rousteau
Juillet 2004



En fêtant Sainte Marie-Madeleine, nous entrons une peu plus dans ce
grand mystère de mort et de résurrection, mystère de tout sacrement :
mort à nous-mêmes, à notre péché, et retour à une pleine communion
de vie avec le Seigneur et avec tous ceux qui nous entourent.
Nous entrons un peu plus dans le mystère de Pâques dans lequel
nous avons été plongés par le bain du baptême.

On ne sait pas très bien si en Marie-Madeleine nous retrouvons une, deux
ou trois femmes des évangiles, ce qui lui vaut d'être devenue la Sainte
patronne des filles repenties, des parfumeurs et des jardiniers !
En elle, on retrouve la pécheresse qui parfume les pieds de Jésus, Marie de
Béthanie, la soeur de Lazare, les amis de Jésus, et Marie de Magdala qui
au matin de Pâques, rencontre le Ressuscité.

Ce qui est important pour nous, c'est le chemin que Marie-Madeleine va faire
avec Jésus : chemin de conversion, libération, chemin de guérison, chemin
de renaissance, chemin de sanctification.
En marchant à la suite du Christ, Marie-Madeleine découvre le bonheur d'aimer
en vérité. Elle est transformée par sa rencontre avec Jésus.
Etonnant chemin que celui de Marie-Madeleine, la femme aux sept péchés :
sept démons, symbole du mal absolu, qui possède cette femme libérée par
Jésus.
Ecrasée par le mal, impure, rejetée et méprisée, la voilà relevée et comblée de
bonheur : elle est la première à voir le Christ ressuscité. On ne connait pas bien
son passé, sinon qu'elle était accablée par le poids du péché.
La vie de Marie-Madeleine est l'histoire d'une vie transfigurée qui nous révèle
jusqu'où peut aller l'amour et le pardon de Dieu.

Le Seigneur vient nosu rejoindre sur nos chemins de misère. Il vient briser
les cadenas de nos prisons, pour nous libérer, nous inviter au festin des
noces. En appelant Marie-Madeleine par son nom, c'est toute l'humanité
croyante que Jésus nomme à nouveau, avec tendresse, son peuple, son enfant.
Jésus a libéré Marie-Madeleine de son accablement, de sa solitude. Il lui a
rendu sa dignité de femme depuis qu'elle marche à sa suite avec le groupe
des femmes. Libérée du mal qui l'habitait, elle est devenue une preuve vivante
de l'intervention miséricordieuse et efficace de Jésus de Nazareth. Pour
assiter au crucifiement et pour souffrir avec Jésus, il n'y a plus que quelques
femmes à s'associer à la douleur du crucifié.

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Dans l'Evangile de Jean, Marie-Madeleine vient au tombeau pour pleurer.
Ses larmes montrent la souffrance d'être séparée du corps de celui qu'elle
aime.
Il fait encore sombre. C'est l'heure de la tristesse et des ténèbres dans l'âme
de Marie-Madeleine. Elle ne retrouve plus celui qu'elle aime. Aveuglée par sa
douleur et son amour, elle ne le voit pas, ne reconnait pas sa voix. Ses yeux
ne sont pas encore prêts à s'ouvrir à la lumière du Ressuscité. Mais on
pressent déjà que la lumière va jaillir, la pierre a été enlevée ; dans la nuit de
la mort, un nouveau commencement se fait jour.
Marie-Madeleine ne reconnait Jésus ressuscité qu'à l'appel de son nom, avec
les yeux de la foi : Jésus ressuscité est à la fois le Tout-Autre et toujours le
même. Les brebis écoutent la voix du Bon Pasteur. Il les appelle chacune par
leur nom.
Marie-Madeleine croit à la résurrection. Elle trouve vivant celui qu'elle cherchait
mort. Après avoir prononcé son nom "Rabbouni", elle se fait disciple du Christ
ressuscité, comme elle l'avait été de Jésus de Nazareth. Comme l'épouse
du Cantique des Cantiques, elle vient de retrouver son Seigneur, celui que son
coeur aime, et ne le lâchera plus.
Marie-Madeleine a compris la première que le Christ ressuscité ne peut se
rencontrer sans un acte de foi. Une nouvelle relation à lui s'instaure, basée
sur l'écoute et l'accueil de sa Parole. Sa présence, le contact avec lui sont
devenus spirituels. Elle ne peut plus le rejoindre avec sa seule sensibilité et
ses sens.
Elle sait que Jésus va monter vers son Père et qu'il sera, de là, plus présent
que jamais au coeur de ses disciples. Marie-Madeleine reçoit la mission de
faire découvrir aux disciples où est présent le Christ, et où ils doivent le
rejoindre. Ils sont devenus frèes de Jésus parce qu'ils sont tous fils adoptifs
d'un même père, celui de Jésus : Dieu le Père.

Comme Marie-Madeleine, le Seigneur nous appelle par notre nom, pour marcher
également à sa suite. Il nous appelle à nous retourner, à nous convertir ;
un retournement intérieur, pour le voir à l'oeuvre dans notre vie.
Alors, nous aussi, libérés et transformés, nous pourrons dire autour de nous :
"J'ai vu le Seigneur, et voilà ce qu'il m'a dit".