PRETRE AU COEUR D'UNE FAMILLE ECCLESIALE

 

1. Prêtres dans la racine de notre être.

Lorsque je repense à ma vocation je peux situer avec précision le lieu, le jour et les circonstances où j'ai répondu à l'appel de Dieu.

Mais je suis bien incapable de savoir à quel moment se situe la question.

Il me semble que je suis né avec ; je crois profondément que Dieu, de toute éternité, m'a créé pour être ce prêtre-là qu'il ferait surgir un jour du temps, quand l'heure en serait venue, pour répondre à un appel d’Église.

Je crois que cette vocation à être prêtre, - et ceci est vrai pour toute autre vocation, - est antérieure à notre existence.

Et cependant j'adore le respect infini que Dieu a eu de ma liberté d'enfant, de jeune, puis d'homme :

Né dans une famille très profondément chrétienne, la foi était pour moi une évidente certitude plus qu'un raisonnement, jamais un questionnement angoissé, encore moins une contestation. Et la présence de la Très Sainte Vierge Marie m’a doucement mené à Jésus, puis au Père.

Si mes parents ne m'ont jamais parlé de sacerdoce, c'est à leur fidélité chrétienne, intransigeante sans être austère, que je dois d’avoir construit peu à peu, dans le silence, la trame secrète de ma vocation sacerdotale.

Nombre de souvenirs, en ce jour, montent en moi qui jalonnent ma lente montée vers le sacerdoce. Je n’évoquerai que deux d’entre eux.

Je me revois sur le parvis de la basilique du Rosaire à Lourdes où un prêtre flamand, apprenant que je voulais être prêtre, a précisé à mon père qu'il valait mieux que je reste en France, car le besoin de prêtres s’y faisait plus sentir que dans notre Flandre tellement chrétienne en ce temps-là. Et c'est ce qui me vaut d'avoir été incardiné au Mans, où vivaient mes parents.

Je me revois plus tard, au pied d'un arbre, dans une grande futaie où je campais avec quelques garçons.

Je vivais un moment de difficulté personnelle et les évidences d'hier devenaient questions d'aujourd'hui.

Tomba sur moi, comme une grâce et un appel divin, cette parole opportune de Claude, pauvre gosse dévoyé que j'essayais d'envoyer vers l'aumônier : "Si toi tu étais prêtre..."

Quelques semaines plus tard, j'intégrais le séminaire !

Passent les jours ; la guerre durcit notre volonté et nous oblige, très jeunes, à faire des choix d'adultes.

En moi, une hâte, qui ne venait sans doute pas de moi, d'être prêtre tout de suite pour servir et annoncer Jésus Christ aux jeunes dont je sentais le drame, déjà, de ne pas connaître Dieu et de ne pas se savoir sauvés.

Et c'est ainsi que je fus ordonné prêtre par le Cardinal Grente, dans la cathédrale du Mans, le 22 mai 1948. C'était hier.

 è Repensant à la réalité de mon sacerdoce, il m’apparaît que, trop souvent, quand on parle du prêtre, on regarde trop ce qu'il fait, ce qu’il vit, ce qu’il sent. On fait alors de son mystère une approche partielle, sociologique ou psychologique, qui, pour n’être pas fausse, l’ampute cependant de l’essentiel

è On ne définit pas assez le prêtre à partir de ce qu'il est dans le vouloir de Dieu ; et donc de ce qu'il doit tenter de vivre : " rendre le Christ présent, dans son Église, comme Celui qui sauve et qui sanctifie (2). "

En communion avec le sacerdoce commun des fidèles, " le prêtre, dans son sacerdoce ministériel, donne aux fidèles la capacité de présenter à Dieu tout leur être et tout leur agir en une offrande spirituelle.(3) "

Et l'Eucharistie du dimanche rassemble la communauté ecclésiale tout entière dans l'unique sacerdoce du Christ, chacun agissant selon son ordre, pour se laisser emporter "jusque dans les confins de la divinité" :

Par Lui, avec Lui et en Lui,
à Toi Père, dans l'unité de l'Esprit,
tout honneur et toute gloire...
 

(2) Cardinal Godfried Daneels, Messagers de la joie, Pâques 1990
(3) Ibid, p. 21-26