PRETRE AU COEUR D'UNE FAMILLE ECCLESIALE

 

3. Le prêtre est le signe et l’instrument de la miséricorde du Seigneur.

C’est près de Marthe Robin que j’ai appris à balbutier la miséricorde du Seigneur.

De 1960 à 1966, je passai de longues semaines de mes vacances scolaires, alors fort longues, à seconder le Père Finet pour l’accueil des retraitants lors de ce qu’il appelait " les grandes retraites d’été. "

Nombre de fois, il m’a été donné de m’entretenir avec Marthe. Certes, elle n’avait aucune théorie sur le conseil spirituel, aucun plan pédagogique sur la conduite des âmes. J’ai cependant l’impression d’avoir reçu d’elle plus que de quiconque.

D’avoir communié à ce qu’elle vivait et rencontré nombre de ceux qu’elle portait dans son " incessant holocauste ", m’a appris inconsciemment à regarder, avec les yeux de Jésus, tous ceux qu’il Lui plaisait d’approcher de moi.

De par son sacerdoce, le prêtre est le témoin indigne de la miséricorde de Dieu et toute sa vie devient empreinte de ce ministère : " Miracle de nos mains vides, " dit le Curé de Campagne de Bernanos, " la paix que je ne possédais pas, je la lui ai donnée. "

Et quand je vous regarde, je vois, dans la mémoire du coeur, tous ceux pour qui le Seigneur m'a donné, pour un instant ou davantage, d'être témoin de la miséricorde, au coeur du sacrement de la Réconciliation et du Pardon, d’être l’instrument de l’Esprit dans le conseil spirituel.

La miséricorde du Seigneur, à jamais je la chanterai. "

Conscient de sa misère, le prêtre se laisse saisir par la miséricorde du Seigneur. Il lui a tant été pardonné, qu’il ne peut que s’émerveiller devant la capacité de pardon dont le Seigneur l’a fait dépositaire et ministre pour ses frères. Le pasteur est réellement celui qui a pour chacune de ses brebis des entrailles de miséricorde.

Près de Marthe, à Châteauneuf de Galaure, j'ai expérimenté cette exigence et, pauvrement, peu à peu, j'ai essayé de la faire mienne.

Jadis on aimait porter près d’elle, dans sa petite chambre de la Plaine, les soucis et les peines de notre vie apostolique.

Elle m’avait dit, avec son humour très personnel : " Mon Père, vous m’achèterez un bateau ; vous le mettrez à Saint Malô et je viendrai vous voir le jeudi soir pendant l’adoration. "

Combien de fois ne nous a-t-elle pas rejoints ainsi sur les ondes de la prière, dans les besoins de notre vie apostolique, dans la souffrance bénie des coeurs brûlés par la miséricorde.

  • Pensant à elle, monte dans mon coeur cette parole de Jean Guitton à Paul VI, que je cite de mémoire :

Il me prend à rêver que, du métal humain en ébullition, surgira un jour une femme, paysanne ou ouvrière qui, prenant en ses mains les membres épars de l’humanité, s'offrira en holocauste pour en faire l’unité, sur laquelle s’étendra la bénédiction du pontife romain. "

Et Paul VI approuvait d’un mot, disant : " C’est une prophétie(5)"

Oui, Marthe Robin, dans mon ministère de prêtre et de père spirituel, aura été le signe de la limite extrême où l’amour peut nous entraîner avec une joie immense et dans une douleur infinie. La Croix et la Joie ; le poids des âmes !

(5) Jean Guitton, Dialogues avec Paul VI, p305