"Ce n'est pas toi que je gifle,
c'est ta conscience"

   

Témoignage de Brigitte
membre du Foyer.



J'ai grandi dans une famille chrétienne et unie, avec une éducation assez stricte. Mon père est devenu de plus en plus sourd et le dialogue était difficile.

Il fallait parler lentement, très fort, et souvent maman répétait : il lisait sur ses lèvres. Ce n'est pas facile pour échanger en profondeur dans ces conditions.

Brigitte

Françoise (la responsable du Foyer), un jour, a résumé d'un mot le climat familial :
"Vous vous aimez, mais vous ne savez pas vous le dire"
Par exemple, je n'ai aucun souvenir d'un geste affectueux de la part de mon père.  

Pour l'éducation religieuse, aussi longtemps qu'ils ont pu le faire, mes parents nous obligeaient par exemple à aller à la messe. Aussi, au moment de l'adolescence, le dimanche, je m'absentais de la maison pendant un heure pour aller prendre un café. Nous n'avions aucun argent de poche : il fallait donc se "débrouiller" ; aussi, j'ai très vite appris à tricher, mentir, voler, pour prendre un peu d'indépendance.

Et au bout de quelques années, j'étais complètement livrée à moi-même, tout en restant attachée à ma famille, superficiellement.


Brigitte


"Ce n'est
pas toi
que je
gifle,
c'est ta
conscience"

J'ai commencé à mener une vie double et je me suis liée en quelque sorte avec un monde de ténèbres. Et plus les années passaient, plus je m'enfonçais, sans même m'en apercevoir. Je peux dire avec du recul que je n'avais pas même conscience de faire le mal : c'était comme un jeu, comme un défi, pour me prouver que j'étais capable de faire telle ou telle chose.

J'ai bourlingué pas mal, et s'il y a des expériences que je n'ai pas tentées, c'est bien parce que le Seigneur m'a préservée, protégée. J'essayais, je testais, je me dépassais, j'allais toujours plus vite, toujours plus loin, jusqu'au jour où j'ai voulu prévenir mes parents que j'allais partir avec un homme marié.

Mais en annonçant la nouvelle, mon père a eu une réaction vive, mais qui m'a sauvée : le temps qu'il comprenne la situation, il m'a donné une gifle retentissante et qui est restée mémorable ! J'étais surprise : il n'avait pas l'habitude de me battre et il m'a dit :
"Ce n'est pas toi que je gifle, c'est ta conscience !"

Quel choc ! Pas physiquement ; enfin, un peu, mais moralement, intérieurement. Je n'ai pas pleuré, j'étais bien trop endurcie ! Je suis montée dans ma chambre et là, j'ai crié. J'ai crié vers Dieu en lui disant : "Mon Dieu ! qu'est-ce que j'ai fait ? Mon Dieu !" Il a fallu que je descende bien bas pour crier vers Dieu, mais j'étais certaine qu'Il était là. Il m'écoutait, il me regardait, et avec lui, là, j'ai pu pleurer.


Alors a commencé un long chemin.


A cette époque, je travaillais comme éducatrice, et l'établissement où j'étais n'était pas du tout chrétien, même plutôt malsain. J'ai arrêté tout contact avec ce milieu, du jour au lendemain. Je retournais donc "à la maison" où mes parents ont su me recueillir et m'accueillir comme j'étais. Je leur dois beaucoup ! Je me suis inscrite au chômage. J'avais perdu mon travail, mon indépendance financière, mes amis, mais j'avais crié vers Dieu et lui, m'avait trouvée : il ne m'a pas lâchée.

24 ans. La recherche d'une nouvelle orientation professionnelle, activités, stages, travaux manuels… et la rencontre d'un groupe de prière, tout à fait informel.
"Ce n'est pas toi que je gifle, c'est ta conscience.
Ma conscience était réveillée. Je n'avais pas eu conscience de faire le mal. Les semaines passaient et le Seigneur me faisait cheminer avec lui : groupe de prière, disques de chansons chrétiennes. J'allais dans les églises piquer des livres de chants et je chantais des vieux cantiques : "Tu es mon berger, ô Seigneur…" . Dans ma famille, on m'a dit : "Tu  n'étais pas comme çà avant !" . Des amies allaient à la messe en semaine ; je les accompagnais. Puis j'y suis allée seule, de moi-même. Sans trop comprendre, mais j'y était bien. Et au moment de la communion, j'entendais cet appel à m'avancer, sans même m'être confessée : "Viens!". C'était extraordinaire !