"Jusqu'au bout..."

Témoignage donné le 11 février, à Tressaint, au cours de la célébration du 20ème anniversaire de décès de Marthe Robin

Je suis le Père Clément. J'appartiens à la communauté de Tressaint depuis 30 ans.

J'ai eu la joie de connaître Marthe sur un espace de 11 ans et il me semble l'avoir visitée 12 fois. J'ai toujours été frappé par son accueil, son écoute et surtout sa voix. Une voix très bien décrite par Jean Guitton, dans son livre. Aujourd'hui, aucune parole de Marthe ne résonne en moi mais plutôt son silence.

J'ai eu la joie d'aider le Père Finet au Foyer de Châteauneuf et d'avoir bien souvent envoyé des retraitants visiter Marthe. Et, quand ces retraitants revenaient voir le prêtre, c'était vraiment merveilleux de voir le travail qui s'était fait dans leurs cœurs.

Au début d'une retraite, le mardi matin, je pense avoir été le premier à entrer dans la chambre de Marthe après le Père Finet. Il venait probablement de l'avoir réveillée de son extase qui suivait la passion qu'elle vivait chaque semaine. Je n'oublierai jamais de l'avoir entendue gémir et d'avoir vu ces tâches de sang sur ses draps.

Mais surtout dire, à haute voix, que je dois à Marthe d'être prêtre et d'avoir été jusqu'au bout de mon appel. C'était dans la tourmente des années 1968-70, dans l'Eglise. Je terminais le séminaire, et à l'époque vous savez qu'un certain nombre de séminaristes ou de prêtres n'ont pas pu vivre ce "jusqu'au bout."

Je me disais : "Qui a raison?" J'ai alors rencontré le Foyer de Tressaint. J'y suis venu me reposer quinze jours et j'y suis resté ! Quelques trois semaines plus tard, j'ai eu la joie de rencontrer Marthe -le Père Finet étant présent- et  lui confier mes difficultés. Lorsque j'eus fini de lui dire tout ce que j'avais à dire, Marthe a gardé le silence. Le Père Finet, à un moment lui a même dit : "Dites-lui quelque chose !" elle restait toujours dans le silence. En j'en remercie le Seigneur. J'ai quand même eu un mot du Père qui m'a dit : "Peu à peu, peu à peu."

A Pâques suivant, de retour à Tressaint, j'ai eu la joie de découvrir que c'était vraiment le sacerdoce qui m'attendait. J'ai eu la claire vision mais j'ai eu surtout la force. La force car j'ai entendu : "Quand Dieu demande, Il donne de pouvoir." J'avais une peur bleue du ministère de la Parole et j'ai eu une guérison.

Tout cela fruit de la prière de Marthe ! Alors, il s'agissait pour moi de répondre avec foi et confiance et de m'engager dans une vie profonde de prière.

Une dernière chose. En 1973, mon père est décédé. Pendant 24 heures, Marthe a cru que c'était moi ; elle avait confondu le père du Père Clément avec le Père Clément. Je sais que maintenant, j'ai 24 heures de prière de Marthe, pour le jour de ma mort !