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J'aimerais donner comme titre à ce que je vais vous
dire cette parole de Jésus à St Paul : "Ma puissance se déploie dans ta
faiblesse."
Je me présente en quelques mots : Isabelle Poulain, je suis au Foyer depuis 11 ans. Avant
d'entrer au Foyer, j'étais institutrice à Lille.
Je suis donc arrivée ici après une enfance, une adolescence et une vie de jeune adulte
sans problème.
Mais mon entrée dans la communauté est venue déstabiliser ce "bel"
équilibre.
En effet, la vie communautaire a révélé en moi des fragilités inconnues et des modes
de fonctionnement pas toujours heureux. Physiquement c'était aussi très, très dur,
notamment parce que j'ai besoin de beaucoup de sommeil. |


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Mais c'est difficile d'admettre qu'on ne "suit pas", surtout quand on a toujours
appris
à "serrer les dents". Bref, a commencé une période très difficile où je
n'allais pas bien.
J'ai alors accepté de travailler à découvrir mes modes de fonctionnement pour tenter
d'en changer. Mais, c'est comme quelqu'un qui marche avec des béquilles depuis son
enfance : si vous les lui enlevez d'un coup, il s'écroule... et je me suis écroulée.
J'allais mal, de plus en plus mal.
Dans cette longue épreuve, le Seigneur ne m'a jamais abandonnée.
J'ai eu la grâce de la vivre dans la foi, ou au moins dans la certitude que le Seigneur
était toujours présent à mes côtés.
Quelquefois, c'était sur la croix que nous étions ensemble. Je ne suis pas d'une
spiritualité particulièrement doloriste, mais je me souviens d'un jour où je souffrais
plus encore que d'habitude et la seule chose qui me restait, c'était l'offrande de ce que
je vivais. Je ne savais même pas à quoi cela servait, mais c'était une certitude qu'il
me
fallait m'unir à la Passion de Jésus.
C'est au coeur même de cette pauvreté radicale, où je ne me sentais plus rien, que le
Seigneur a pu me rebâtir. On dit parfois cette parole de Marthe : "Le Seigneur nous
bâtit en nous démolissant". Je ne crois pas que le Seigneur m'ait démolie, mais je
suis sûre qu'il a pu me rebâtir uniquement parce que j'étais au plus bas. Je ne pouvais
plus compter sur mes propres forces, je ne mettais plus de barrières à son action.
J'ai vécu une vraie résurrection.
Cela ne s'est pas fait en un jour, mais peu à peu, par étapes, et dans la durée :
Tout d'abord, le Seigneur m'a montré que son amour pour moi ne dépendait pas de ce
que j'étais capable de faire ou même d'être. Son amour est absolument inconditinnel.
C'est très libérant, une telle découverte ! Je ne suis plus effrayée par mon immense
pauvreté, mes incapacités d'aimer, car le Seigneur m'aime malgré tout comme je suis
même s'il fait tout pour m'aider à changer ce coeur de pierre).
Pas besoin non plus d'avoir un travail qui se voit ou qui me valorise. C'est en serpillant
un couloir, à la Maison Saint François, que j'ai fait une grande découverte : le
travail
que je fais, quel qu'il soit, je le fais pour permettre à d'autres de venir chez nous
découvrir le Seigneur et c'est là toute sa valeur. Alors, faire du ménage ou bien
parler
aux retraitants, c'est aussi grand. "Je me tiens là où tu me veux, Seigneur".
Pas besoin encore d'être bien vue ou d'être comprise, ma valeur n'en dépend pas (bien
sûr, quand il y a un climat de confiance mutuelle, la vie est tout de même plus
agréable).
J'en suis arrivée à l'acceptation d'une certaine solitude - façon de parler, car nous
vivons
à plus de 45 en permanence et je suis très heureuse au sein de la communauté -,
c'est-à-dire qu'au lieu d'attendre trop des autres et plus que ce qu'ils peuvent me
donner,
j'ai compris que seul le Seigneur pouvait combler l'immense besoin d'aimer et d'être
aimée que je porte en moi, comme chacun de vous.
En résumé, je dirai que le Seigneur m'a appris à accepter d'être petite, à ne rien
revendiquer comme reconnaissance. L'adoration a été chemin de guérison pour moi :
regardez cet abaissement de Jésus : il est Dieu. Non seulement il a accepté de se
faire homme et de mourir pour nous, mais il accepte de se faire petit bout de pain pour
que nous puissions le voir et nous en nourrir. Alors, qui suis-je, moi, pour oser
revendiquer quoi que ce soit ? Mon seul chemin, c'est aussi cet abaissement,
ce dépouillement de moi-même. C'est dans la contemplation de l'Hostie que j'ai reçu
cette lumière et je me la remémore souvent car elle m'aide encore dans le quotidien.
Aujourd'hui, comme vous pouvez le voir, j'ai retrouvé toute ma vitalité et je suis bien
plus heureuse qu'avant. Cela ne veut pas dire que tout soit parfait car les vieux
réflexes rejaillissent très facilement, mais je peux maintenant m'appuyer sur ce que
j'ai expérimenté de l'amour du Seigneur et me relever bien plus vite.
Le Sacrement du pardon, vécu très régulièrement, me redonne chaque fois force et
confiance pour avancer.
Oui, "sa puissance se déploie dans ma faiblesse". |