La fidélité

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Sommaire
" Parole pour aujourd'hui"

 

Plan de la conférence :
I- A la source : le dessein de Dieu.

II- Aux prémices de la fidélité, un engagement.
1/ À l'origine, un engagement.
2/ Un engagement réciproque.
3/ Un engagement dans lequel Dieu s'engage.
4/ C'est un engagement sur l'avenir
5/ Un engagement qui repose sur la foi.

III- La fidélité dans le quotidien...
1/ Un passage obligé par la volonté
2/ Aimer en actes : le don de soi
3/ La fidélité se nourrit
4/ La fidélité, un combat
5/ La fidélité se construit avec le temps.

Nous sommes tous concernés par la fidélité. Elle nous concerne parce qu'elle n'est pas seulement conjugale mais elle touche bien des aspects de notre vie. Ainsi, nous sommes fidèles en amitié, à un engagement dans la cité, dans une association. Fidèles dans nos relations familiales, avec nos parents, avec nos enfants....

Pour nous chrétiens, notre fidélité concerne aussi notre relation à Dieu. Depuis notre baptême, nous sommes liés à Dieu. Son Nom est gravé dans notre cœur, notre nom est gravé dans le Sien.

La fidélité nous concerne aussi bien sûr dans notre état de vie : nous sommes mariés, en attente d'une vocation, prêtres, religieux, membres de foyers... Nous, membres de foyer, prononçons un engagement qui nous lie pour notre vie entière dans l'Oeuvre des foyers.

Aussi parlerai-je un peu plus de la fidélité dans notre état de vie.

Pour certaines personnes, la fidélité peut être une source d'interrogation.
Pourquoi être fidèle ?
Ai-je raison d'être fidèle ?
Et pourtant : quand on voit des couples qui ont traversé leur vie et qui sont liés l'un à l'autre, c'est très beau : on peut se dire que la fidélité n'est pas morte.

Comment vivre la fidélité dans le quotidien de nos jours ? La fidélité peut être quelque chose de difficile qui peut nous meurtrir. Elle touche une histoire douloureuse en nous ou dans nos proches...

La fidélité aujourd'hui peut faire peur car on la croit impossible. On dit que 80% des jeunes couples désirent que leur amour dure toujours. Mais 10% seulement d'entre eux pensent que c'est possible : cela signifie que 70% partent déjà vaincus ! Pourtant elle est possible ! Nous en sommes témoins ! C'est une aspiration très profonde de l'homme, ancrée dans la nature humaine. Les 80% qui la désirent témoignent de cette attente de l'homme. Chrétiens ou pas, elle est ancrée en nous. C'est dans l'homme.

Je me propose de visiter ce qui fonde notre fidélité : à la source de la fidélité, quelle qu'elle soit, il y a un don. Et un engagement.

A la source : le dessein de Dieu.

cf. Gn 127. « Dieu créa l'homme à son image, à l'image de Dieu il le créa. Homme et femme il le créa. » Nous sommes créés à l'image de Dieu, c'est-à-dire de Dieu-Trinité : des personnes distinctes, et en même temps proches. Des personnes différentes et complémentaires, appelées à vivre une communion d'amour.

Dieu est Amour. Il vit, au cœur de la Trinité, une communion d'amour. Parce que nous sommes créés à son image, la vocation à l'amour, à la communion est inscrite en nous.

Il ne nous a pas créés seulement pour que nous existions ; il nous a créés pour nous aimer, pour venir faire alliance avec nous. Pour vivre un mystère de nuptialité. Un mystère de noces éternelles que nous serons invités à vivre après notre mort.

L'homme et la femme, dans leur alliance conjugale, sont signes de cette nuptialité que Dieu veut vivre avec l'Homme, avec chacun de nous. Et nous qui avons consacré notre célibat au Seigneur, nous anticipons et sommes signes de ce à quoi nous sommes appelés pour notre vie éternelle : un mystère de noces avec Dieu.

Ce Dieu qui fait alliance avec l'homme est fidèle, car il ne revient jamais en arrière sur ses dons. Il est un Dieu tendre et miséricordieux. Tout au long de la Bible, on découvre un Dieu qui aime son peuple, qui le poursuit de son amour. On voit aussi l'Homme qui, dans sa faiblesse humaine, passe son temps à aller vers des faux-dieux. L'homme fait l'expérience de Dieu, puis il s'en va, et Dieu continue de le poursuivre. Dieu est fidèle ! Il continue de nous aimer, et Il nous aimera jusqu'au bout : « Son amour et Sa fidélité demeurent d'âge en âge ». Vous pourrez lire le livre d'Osée, qui est très beau: « Mon épouse infidèle, je vais la séduire, je vais la mener au désert, et là je parlerai à son cœur; elle me répondra comme au jour de sa jeunesse. » (Os 216)

Et c'est parce que nous sommes à son image et qu'Il est fidèle, que Dieu a inscrit en nous cette capacité à être fidèle. C'est là la source de la fidélité. De notre fidélité. Ce don, Dieu le fait à tout homme. Ceux qui ne sont pas chrétiens ont cette fidélité qui est ancrée en eux humainement par la création de Dieu. Nous, nous connaissons la source de ce don.

En même temps, nous sommes fragiles, inconstants, faibles. Nous avançons sur notre chemin de fidélité, sans y penser à chaque instant de notre vie, mais nous avançons, avec ce désir ancré en nous, cette espérance, cette confiance que si nous sommes infidèles, Dieu restera fidèle, au milieu même des méandres de notre vie.

Je souhaiterais vous parler d'un passage de l'Évangile qui est plein d'espérance: le reniement de St Pierre. Jésus est arrêté, et Pierre est dans la cour. Il est reconnu, et par trois fois on lui dit: « tu es un de ses disciples! » et par trois fois, il répond « je ne connais pas cet homme ».

Dans sa fragilité humaine, Pierre renie. Cela faisait trois ans qu'il vivait avec Lui, qu'il avait choisi de Le suivre, qu'il Lui avait donné sa vie ! Et peu de temps avant, il Lui avait affirmé qu'il donnerait sa vie pour Lui.
C'était quelque chose de très fort, de sûrement très sincère dans le cœur de saint Pierre, que cette promesse de donner sa vie par amour pour Jésus ; car il était prêt à aller jusqu'au bout et, le soir-même, il renie. Il abandonne totalement Jésus à sa passion. Il le renie peut-être par peur d'être lui aussi arrêté ; peut-être aussi par déception car il pensait voir en Jésus un sauveur tout-puissant, et il voyait là un homme enchaîné et il ne le reconnaissait plus. Ce n'était plus le Jésus qu'il avait décidé de suivre. C'était une autre personne qu'il avait devant lui.

Après la Résurrection, Jésus et Pierre vont se retrouver au bord du lac. Il faut imaginer ce que Pierre vivait intérieurement en se retrouvant devant Jésus. Il ne pouvait pas faire comme si rien ne c'était passé : il savait que Jésus avait vu son triple reniement. Et comme dit St Paul « si nous sommes infidèles, Dieu, lui, reste fidèle, car il aime infiniment. ». Dans ce très beau passage qui se passe au bord du lac, Jésus, à trois reprises, demande à Pierre, « Pierre, m'aimes-tu? » comme pour faire le pendant à ses trois reniements. « Pierre, m'aimes-tu? - oui, Seigneur, tu sais que je t'aime... ». Malgré ce reniement, je t'aime. Et trois fois, Jésus lui dit : « sois le pasteur de mes brebis ». Ce sont comme trois questions de guérison. Il a fallu que Pierre accepte cette mission avec humilité, sans se dire : « non après ce que j'ai fait, je ne suis pas digne ; je ne peux que vivre dans cette faute épouvantable que j'ai commise ». Jésus lui dit : « Sois le pasteur » et il fut le 1er pape !

Rien n'est fini pour Dieu. De nouveaux chemins sont toujours possibles. La fidélité est un don, un don de Dieu.

Aux prémices de la fidélité, un engagement.


À l'origine, un engagement.

Cela peut être tacite : dans une amitié on s'engage à l'égard de son ami. C'est tacite, et la fidélité est là.

Cet engagement peut être aussi clairement énoncé par une parole qui devient une promesse. Comme par exemple, dans le mariage, dans le consentement que le mari et la femme se donnent le jour du mariage.
« Veux-tu être ma femme – veux-tu être mon mari ? Oui je le veux! - je te reçois comme époux, comme épouse, pour nous aimer fidèlement dans le bonheur ou dans les épreuves et nous soutenir l'un l'autre tous les jours de notre vie. »

La parole prononcée le jour de notre mariage, ou pour nous, dans notre engagement, ou pour un prêtre, le jour de son sacerdoce, cette parole énoncée a le mérite de manifester clairement notre volonté, et elle devient une référence pour l'avenir.

Avant de venir ici, j'ai fait ma petite enquête auprès des personnes accueillies à la maison St François – où je réside – en leur demandant ce qui les avait aidées, ce qui les aidait à vivre dans la fidélité.
Et plusieurs personnes ont répondu : « la parole donnée ».
C'était très clair pour eux. Je peux témoigner moi-même que si le jour de mon entrée au foyer a été le plus important pour moi, j'ai prononcé mon engagement – cet engagement qui me liait pour la vie entière – au bout de 4 ans de vie communautaire. J'ai toujours été convaincue que cet engagement était indispensable, il est pour moi quelque chose de libérateur. Il me porte et je peux me laisser porter par lui.

J'aimerais vous partager le magnifique témoignage de Mère Teresa. Au printemps (printemps 2008, NDLR) est sorti un livre, écrit par le postulateur de sa cause de canonisation. Y sont transcrits ses écrits personnels, essentiellement des lettres écrites aux pères qui l'ont accompagnée, et à son évêque.

Dans ces lettres, elle se livre « intérieurement ». Et nous découvrons sa vie intérieure.

Nous connaissons tous la vie extérieure de Mère Teresa, son œuvre si féconde auprès des plus pauvres, des plus délaissés des bidonvilles, de ceux qui vivent dans « des trous » (comme elle le disait). Elle a vécu 20 ans d'une vie religieuse tout à fait heureuse, et voici qu'elle entend cet appel à partir dans les bidonvilles. Peu de temps après, elle est plongée dans une nuit intérieure intense, une nuit profonde.

En 1959 (10 ans après les débuts de son œuvre), elle écrit :

« Dans mon esprit, je ressens exactement cette peine terrible de la perte de Dieu qui ne veut pas de moi, de Dieu qui n'est pas Dieu, de Dieu qui n'existe pas réellement. Le ciel est vide. Dans mon cœur, il n'y a pas de foi, pas d'amour, pas de confiance. Et il y a tant de souffrance : la souffrance d'un désir brûlant, la souffrance de ne pas être voulue. Je veux Dieu de toutes mes forces, de toutes les forces de mon âme. Et pourtant là, entre nous, il y a une terrible séparation. »

C'est quand même à Dieu qu'elle avait donné toute sa vie. Vous imaginez la nuit dans laquelle elle a pu être plongée ! Plus de foi, plus d'amour, plus de confiance. Plus rien ! Cette nuit va durer jusqu'à sa mort, c'est-à-dire 50 années ! Mère Teresa sent entre Jésus et elle une terrible séparation, et pourtant, jusqu'à sa mort, elle est d'une fidélité totale au cœur de cette nuit, que ce soit dans sa vie de prière, dans sa vie sacramentelle, dans sa vie de responsable de communauté... et nous savons toute la fécondité de sa vie : son témoignage est très beau dans sa fidélité.

Mais ce qu'elle a vécu avec Jésus, est-ce qu'il ne peut pas nous arriver à nous ( par analogie) de vivre une telle nuit, quand on ne sent plus l'amour en nous, quand on vit une perte de sens ?...

Ce qui l'a tenue, c'est la parole qu'elle avait donnée. Elle a certes prononcé des vœux de religieuse, mais elle avait fait ce qu'elle appelait un vœu privé : le vœu de ne jamais rien refuser à Dieu. Ainsi, pendant toute sa vie elle s'est appuyée sur cette parole donnée : elle n'a jamais rien refusé à Dieu, pour consentir à la réalité de sa vie.

Mais elle est sainte, et nous ne le sommes pas... les saints sont des phares dans notre nuit, des modèles. Nous pouvons marcher à la lumière de ce qu'ils ont vécu. Les saints sont des frères en humanité, ils peuvent nous aider ! Ils sont pêcheurs, et Mère Teresa n'est pas née sainte... alors pourquoi pas nous?

Elle disait: « si je deviens sainte, je serai une sainte des ténèbres, je serai continuellement absente du ciel pour allumer la lumière de ceux qui sont dans les ténèbres sur terre. » Je dirais pour ma part qu'elle est une sainte de la fidélité. On peut vraiment la prier, l'appeler à notre secours, elle répondra certainement !

Un engagement réciproque.

Dans mon enquête auprès des personnes de la Maison Saint François, j'interroge une personne de 75-80 ans, qui était là avec son mari.

« Ce qui m'a aidé, c'est un certain sens de la responsabilité. En nous mariant, nous prenons l'autre en charge, nous en sommes responsables ».

Au foyer, nous faisons un engagement définitif et c'est avec le Seigneur que je me suis engagée. C'est à lui que je me suis donnée tout entière, mais cet engagement est incarné au sein d'une communauté.
Je me suis engagée à aimer mes frères, avec ce que je suis, avec mes dons, mes qualités et mes défauts.
Mais ce jour là, la communauté s'est engagée aussi à mon égard : elle m'aide à prendre ma place, me permet de découvrir mes dons (elle s'y est bien employée !), de les exercer et de les développer.
La communauté s'engage à m'aider à aller au bout de ma vocation, à me soutenir au jour d'épreuve, à me porter. Je suis témoin qu'elle m'a bien portée à des moments où j'avais besoin de l'être. C'est une source de sécurité, d'assurance ! Nous pouvons nous appuyer l'un sur l'autre ! Certes, il y en a toujours qui vont bien et d'autres qui sont dans des mauvaises passes, parfois dans des crises (des crises de croissance, cela peut faire mal, mais on grandit en traversant la crise...). Mais nous nous aidons, en nous appuyant les uns sur les autres. Ainsi chacun son tour, celui qui va bien devient un appui pour l'autre, une force. Ce ne sont jamais les mêmes. Et ainsi nous avançons.

Il semble que cela soit la même chose dans le mariage...

Un engagement dans lequel Dieu s'engage.

Bien sûr, c'est le consentement des époux qui fait le sacrement de mariage. Mais comme dans tout sacrement, Dieu agit. Il unit les âmes des époux (c'est à dire la relation de chacun avec Dieu). Et cela, il n'y a que Dieu qui peut le faire. Il n'y a pas besoin d'être chrétien et de se marier à l'église pour se lier l'un à l'autre, pour se lier dans nos corps, dans nos cœurs. Mais nos âmes, il n'y a que Dieu qui peut les unir : c'est ce qu'il fait dans le sacrement.

Se marier dans le Seigneur, c'est se livrer à Son amour. Le lien du mariage qui se crée à cet instant est plus que le projet de bâtir un foyer, c'est plus que le seul sentiment amoureux éprouvé au moment où on se donne l'un à l'autre, c'est une véritable consécration.

Se consacrer, c'est appartenir à Dieu de tout son être, se remettre entre les mains du Père. C'est la source de notre espérance et le don qui nous est fait dans le mariage, qui nous construit, sur lequel nous pouvons nous appuyer. Cela nous fait du bien : Dieu s'engage. Comment ? En nous donnant sa Grâce, jour après jour. Dieu nous donne la grâce d'état, c'est-à-dire de pouvoir vivre notre état d'époux, de parents. J'y crois beaucoup.

Pendant les 4 dernières années de sa vie, mon père a été très dépendant, et cela était très douloureux pour ma mère. Un jour, puis un jour, elle a eu la grâce. Si elle avait su que cela devait durer 4 ans, je ne sais pas si elle aurait tenu...!

C'est un engagement sur l'avenir

La fidélité n'est pas une maîtrise sur l'avenir. Elle est un engagement à accueillir un avenir commun mais imprévu. Quand on se marie, on ignore ce que sera notre vie dans 10, 20, 30 ans. Quand je suis entrée dans la communauté, elle était toute jeune... elle est toujours aussi chouette, mais elle n'était pas telle qu'elle est maintenant: elle a changé!

Les événements vont modifier nos personnes, notre vie, notre vie familiale.... Nous évoluons, nous sommes modifiés par des événements. Nous avons sans cesse à nous réajuster à des conditions de vie qui changent. Nous allons grandir, notre personnalité va évoluer. Un avenir commun qui est imprévu, qui va connaître des joies, des croissances, des bonnes surprises, et aussi des obscurités, des reculs, des trahisons, des reprises... C'est notre vie. Et c'est valable pour toute vocation. La fidélité n'est donc pas quelque chose de figé, mais elle est créatrice, un peu comme la sève qui monte dans un arbre.

Lors d'un week-end end de préparation au mariage, un couple ayant 15 à 20 ans de mariage témoignait :

« Notre amour a changé au fil des années, parce que nous sommes entrés dans un connaissance mutuelle plus grande de nos qualités et défauts. Nous avons appris à voir dans les défauts de l'autre la complexité de l'être aimé. Nous avons appris à intégrer que les défauts de notre conjoint, avant de me faire souffrir moi-même, le font peut-être souffrir lui.
Notre amour a changé parce qu'il est passé de l'émotion à un bien-être, de la découverte à une connaissance, de la fragilité à une force.
L'émotion, la découverte et la fragilité restent et sont à entretenir, mais l'amour devient plus paisible. »

Le lien qui se crée au moment du sacrement est fort, et se fortifie au cours des années. On le voit sur les couples âgés: on les sent tellement liés l'un à l'autre!

Un engagement qui repose sur la foi.

Le mot Fidélité vient du mot latin fides : confiance, foi.

Dans le mariage : je connais l'autre beau, plein de potentialités, mais je le sais aussi fragile, vulnérable, avec des limites qui peuvent me faire souffrir, mais j'ai confiance en lui. La foi est plus qu'une confiance spontanée.

Nous voyons aussi que la fidélité n'est pas réservée aux seuls catholiques : il n'y a pas besoin d'être chrétien pour reconnaître l'autre, dans le mariage, comme unique, et pour vouloir construire un lien dans la durée, une famille. Mais la foi chrétienne nous aide elle nous indique la source du don, et sur cela, nous pouvons nous appuyer : avoir foi en Dieu, source de ce don. La foi, dans la Bible, ne veut pas dire faire un saut dans l'absurde, mais elle signifie : s'appuyer sur quelqu'un.

Nous pouvons avoir foi en celui qui est le maître de l'impossible.

Marie, au jour de l'annonciation, a demandé à l'ange : « Comment cela se fera-t-il puisque je ne connais point d'homme ? » Et l'ange a répondu : « … Rien n'est impossible à Dieu. »

La foi : une certitude au cœur de l'incertitude. Il s'agit d'accueillir, de reconnaître une présence. Il s'agit d'entendre Jésus qui dit : "c'est moi, n'ayez pas peur" (cf l'épisode de la tempête apaisée, dans l'Évangile). Il nous faut prendre appui sur Dieu même qui est là au cœur de nos cœurs. Il est fidèle. Sa grâce ne nous fera pas défaut.

La foi n'évite pas la part de nuit, de souffrance, de vide. Elle est une manière de vivre la nuit, la souffrance, le vide.

La fidélité dans le quotidien...

Si elle est un don, la fidélité ne nous est pas donnée toute faite. Elle est une tâche et elle se construit, même si nous recevons la grâce de Dieu.

Comment nous enraciner dans la fidélité ? Notre grande fidélité est très quotidienne. La fidélité à l'engagement pris au jour de notre mariage, de notre consécration, se construit dans le quotidien. C'est le sens de la consécration (à Jésus par Marie) que nous redisons chaque jour dans la communauté.

Une religieuse disait : la fidélité ne peut être qu'aimante.

Effectivement: quand on accepte que notre mariage dure notre vie entière, il ne s'agit pas d'une loi extérieure qui s'impose à nous. Cette volonté et cette acceptation trouvent leur source dans notre amour qui est plus fort, qui nous grandit.

Un passage obligé par la volonté

Au début de notre chemin, tout coule de source. Au début de la rencontre entre un homme et une femme, le sentiment amoureux nous porte, est source de dynamisme et de bonheur, comme la vie consacrée en ses débuts. Les nouveaux convertis sont très ardents, ils vivent souvent une forte expérience du Seigneur dans leur conversion. Ils ont un grand désir d'aimer le Seigneur

Mais une fidélité ne peut pas reposer seulement sur un enthousiasme, un sentiment d'être amoureux.
Un homme me disait : « je ne suis plus amoureux de ma femme, donc je ne l'aime plus ».
Or le lien est là, même si le sentiment semble absent. Il ne sentait plus l'amour en lui, mais cela ne voulait pas dire qu'il ne l'aimait pas. La réalité de la vie va s'imposer à nous et il y des jours où nous ne sentirons plus l'amour en nous. Dans le quotidien, nous nous retrouvons devant notre condition humaine, avec nos pauvretés quotidiennes.

Le père van der Borght disait, dans sa retraite fondamentale, que quand on se marie, c'est la lune de miel... Et voici qu'il reçoit une jeune femme éplorée qui vient le voir au bout de six mois de mariage : elle a épousé quelqu'un qui ne ferme jamais son tube de dentifrice... C'est notre vie quotidienne, et on s'affronte à cela. Notre amour pourrait butter dessus, mais il est plus grand que cela.

Dans toute vocation il nous faut vivre ce passage obligé de la volonté : demeurer dans cet engagement que nous avons pris et passer d'un amour-sentiment à une volonté d'aimer. Passer d'un amour affectif à un amour effectif, un amour en actes. Ne pas me laisser dominer par mes impressions, mes sentiments, mes envies.

C'est là qu'il peut être bon et important d'éduquer les enfants à une certaine volonté dans leurs engagements. Leur apprendre à poser des choix et à les assumer jusqu'au bout. Les aider à être fidèle à un engagement qu'ils ont pris : indépendamment des "envie/pas envie", cela forge notre volonté, cela construit notre fidélité.

Aimer en actes : le don de soi

Aimer en actes, cela se réalise par le don de soi. Sortir de moi pour me donner. Depuis très longtemps, je suis très touchée par les mères de familles – cela m'aide beaucoup – et leur capacité à se donner. Elles s'oublient complètement pour aimer leur enfant. Parce qu'il en a besoin, mais la mère, elle, ne pense qu'à aimer son enfant. Son intérêt propre passe après. Pour moi qui suit consacrée, les mères de familles sont un modèle: il y a une part de sainteté dans le don de soi des mères de familles... des pères aussi!!

je suis très touchée par la patience des parents à l'égard des enfants qui grandissent sans forcément faire les choix qu'ils auraient souhaité. Leur fidélité à l'égard de leur enfants, pour l'accompagner jusqu'à l'âge adulte. Nous avons besoin de l'exemple que vous donnez.

Il est vrai que se donner, s'oublier, part d'une croix : c'est une petite mort à soi-même, à ses intérêts propre, mais Jésus nous dit que c'est grand: « il n'y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu'on aime ». Et on donne sa vie, ainsi, chaque jour, dans cet amour. Jésus l'a vécu: il a aimé l'Église et s'est livré à elle, et dans la famille, les époux se livrent l'un à l'autre, à leurs enfants. Les époux sont le signe de cet amour du Christ qui s'est donné jusqu'au bout à l'Église.

On a quelques fois peur de se donner, peur de se perdre. L'expérience nous montre que se donner dilate le cœur. Il se libère. La joie du don nous est offerte.

La fidélité se nourrit

Dans le couple, la fidélité se nourrit de tendresse et de douceur, de dialogue et de respect.
Il faut pouvoir se dire les choses. Ce qui ne va pas, ce que j'attends. Apprendre à se laisser découvrir par l'autre, pour ne pas se heurter aux murs d'incompréhension et de silence.

La fidélité se nourrit de pardon. Nous avons en nous un désir d'aimer et d'être aimer, mais ce désir est infini : mais nous serons toujours déçu par l'autre, qui ne pourra jamais combler ce désir en nous, qui est infini. Et c'est là qu'entre le pardon. Il faut nous pardonner : pardonner à l'autre d'être ce qu'il est, ne pas lui en vouloir de ne pas être ce que nous aimerions qu'il soit.

Elle se nourrit de la fête. Elle nous redonne un dynamisme. Jean Vanier dit que plus le quotidien est difficile, plus il est important de savoir vivre ces moments de fête.

Notre vocation se nourrit de nos fidélités quotidiennes. Là, nos petites infidélités peuvent être sources de grâce car elles nous gardent vigilants et conscients de notre fragilité.
Cette conscience de notre fragilité nous garde vigilants. Il peut y avoir deux écueils : croire son amour invincible – on devient imprudent – ou avoir une telle confiance en l'autre qu'on en vient à le négliger. La fidélité se nourrit d'un amour renouvelé. Nous sommes appelés à prendre soin de l'autre, comme Dieu prend soin de nous. Même si l'on est sûr de la fidélité de l'autre, il faut prendre soin de lui, de sa fidélité.
C'est valable dans l'Église : nous avons à prendre de l'engagement des prêtres, en les entourant, pour qu'ils ne sombrent pas dans la solitude.
En communauté, c'est la même chose : il nous faut être attentif à l'autre, car il peut avoir besoin que l'on prenne soin de l'engagement qu'il a pris.

Notre fidélité se nourrit d'un certain consentement à la réalité. Consentir à la grisaille de certains matins... Offrir... Parfois, c'est à refaire chaque matin ! Dieu protège notre engagement, il s'est engagé avec nous. L'accueil de Sa grâce est nourriture car sa Grâce est pour aujourd'hui.

Elle se nourrit de la présence de Dieu dans la prière, de la vie de Dieu dans l'Eucharistie, de la la miséricorde de Dieu dans le sacrement du pardon, de la force de Dieu dans la vie quotidienne.

La fidélité, un combat

Il y a des combats à vivre, parce que nous vivons des résistances quotidiennes à la fidélité, quelle que soit notre vocation. La tentation fait partie de notre vie. Jésus lui-même, tout Dieu qu'il était, a connu la tentation au désert. C'est au désert qu'il a été tenté.

Les tentations peuvent venir de l'extérieur :

la culture d'aujourd'hui n'est pas une culture du lien, mais plutôt du court terme, du senti-ressenti. Le mode de vie répandu dans notre culture peut être source de tentation. Nous sommes fragiles. Il nous faut exercer notre vigilance pour ne pas nous exposer inutilement à la tentation. Cela est valable pour toute vie, car cela oriente nos choix. Il faut savoir ce que nous voulons, et ainsi avoir une hygiène de vie dans ce qu'on lit, ce qu'on regarde, ….

La tentation peut aussi venir en nous comme un raz de marée qui nous submerge. Elle vient brusquement, comme quelque chose d'imprévu qui devient lancinant. Elle masque tout le reste et risque de nous aveugler. À ce moment, il y a deux remèdes: il est bon de reprendre appui sur cette parole donnée. Il est important de s'en ouvrir à quelqu'un.

Mère Teresa a entendu l'appel à aller vers les plus pauvres et les plus délaissés. Elle était sûre de cet appel. Elle parle de cette voix intérieure, où Jésus lui disait d'aller porter sa lumière dans les « trous ». Pendant 2 ans, l'Église (à-travers son père spirituel et l'évêque de Calcutta), dans sa sagesse, a éprouvé cet appel pour voir s'il venait de Dieu. Elle a obéi, mais avec impatience, tant elle était sûre, et sentait l'enjeu. Au bout de 2 ans, l'Église lui a confirmé que c'était bien un appel de Dieu. Et dès le 1er jour, Mère Teresa a été submergée par la tentation de tout arrêter. Elle savait que si elle revenait dans son couvent deLorette, personne ne lui dirait rien. Elle savait que c'était une possibilité. Le commentateur de ses écrits dit que cette tentation a été très lancinante, et ce, dès le premier jour. Elle s'est appuyée sur cette parole donnée de ne rien refuser à Dieu. Elle n'est pas restée toute seule face à sa tentation. Il est important de pouvoir s'ouvrir de cette tentation. Mère Teresa a accueilli cet accompagnement dont elle a eu besoin toute sa vie. Pour éviter que la petite herbe ne devienne un énorme baobab indéracinable, il faut s'ouvrir à quelqu'un qui nous accompagne dans la nuit de la tentation.

Par l'accompagnement, par les témoignages, on se rend compte que chacun a un point d'appui pour l'aider dans sa fidélité. Pour mère Teresa, c'était son vœu. Pour la femme dont je vous parlais plus haut, c'était son sens de la responsabilité, le fait d'avoir pris en charge son mari.

Un prêtre raconte que, juste après son ordination, il a beaucoup confessé et accompagné. Et il a vu et entendu combien les gens avaient du mal à rester fidèles. Cela a été pour lui un point d'appui : il a voulu vivre avec eux et pour eux ce combat et rester fidèle.

Une dame me disait : chaque matin, lorsque je sors de ma chambre, je vois une icône de Marie-Madeleine au jardin de la Résurrection, et chaque matin, j'embrasse les pieds de Jésus en lui disant: « Seigneur, garde-moi fidèle jusqu'à mon dernier souffle. »

Avoir un point d'appui. On en a besoin.

La fidélité se construit avec le temps.

On pense souvent que le temps est notre ennemi : on dit que l'amour s'use avec le temps, qu'il faut saisir la chance quand elle passe... et pourtant, nous ne mûrissons qu'avec le temps. Nous ne pouvons goûter les fruits d'un engagement au long court qu'avec le temps. Alors, la fidélité devient très pacifiante car le temps pacifie les relations. Un couple de 15-20 ans de mariage disait que leur amour est devenu plus serein. Quand elle se déploie dans le temps, la fidélité peut nous ouvrir à la sérénité. Elle peut être unifiante aussi, car elle inscrit notre vie dans une continuité.

Le temps construit nos vies avec nous...