Homélie donnée à Tressaint, le 30 décembre 2001
par Jean Villeminot, diacre du Diocèse de Paris
"Donne-nous la grâce de vivre
comme la Sainte Famille les vertus familiales".
Voilà comment nous commencions notre prière de ce dimanche.
Ce qui veut dire que l'Eglise nous rappelle que nos familles sont appelées à la sainteté.
Et le modèle qui nous est donné dans l'Evangile n'a rien d'extraordinaire : pas de miracle, pas d'extase mystique mais plutôt des événements tragiques : l'exil donc la perte d'un emploi, un retour difficile, une menace de mort. Quelles sont donc ces vertus familiales ? Saint Paul les évoque mais il y en a une sur lesquelles je voudrais insister car je crois qu'elle conditionne les autres. Saint Paul en parle trois fois. Cette vertu est la vertu d'action de grâce.
"Vivez dans l'action de grâce".
"Dites à Dieu votre reconnaissance,
offrez par le Christ votre action de grâce à Dieu".
La vertu d'action de grâce est une vertu parce qu'elle nous est donnée par l'Esprit Saint. C'est une vertu infuse, mais c'est une vertu aussi parce que c'est une décision que nous prenons, de vivre dans l'action de grâce, et cela dépend de notre volonté :
Vivre dans l'action de grâce pour s'ouvrir à la grâce.
Les exigences de sainteté que Dieu pose pour nos familles sont un fardeau insupportable pour celui qui ne rend pas grâce. Regardez avec lucidité notre monde qui refuse d'entrer dans l'action de grâce. Alors que pour celui qui vit dans l'action de grâce, les exigences de sainteté sont un don de la grâce de Dieu. En effet, nous savons que Dieu donne ce qu'Il exige parce qu'Il nous aime.
S'
Il exige de nos familles la sainteté, c'est parce qu'Il leur donne la sainteté.
Ainsi vous les maris, rendez grâce d'être hommes. Vous accepterez cette grâce de l'autorité que le péché a dévoyée en domination. Cette autorité que l'ange donne à Joseph. C'est à Joseph qu'il s'adresse et il a autorité sur Marie et sur Jésus.
Et nous sommes dans un abîme d'amour. Cette autorité qui est celle du maître et du Seigneur qui se met à genoux devant ses disciples en leur lavant les pieds.
L'autorité est le service jusqu'à livrer sa vie. C'est ainsi que l'homme doit aimer sa femme, nous dit Paul dans une autre épître.
Il doit la servir jusqu'à livrer sa vie pour elle.
Toute la vie de l'époux doit être ordonnée au service de l'épouse : c'est là que réside son autorité.
Et vous les femmes, rendez grâce à Dieu d'être femmes. Vous entrerez alors dans la grâce ineffable de la soumission qui a été dévoyée par le péché en désir et en séduction pour satisfaire le désir. La vraie soumission est une réponse d'amour à une initiative d'amour. Contemplez Marie. Elle est la plus féminine de toutes les femmes, elle est parfaite réponse d'amour à une parfaite initiative d'amour.
Et vous les époux, rendez grâce à Dieu pour ce jour béni où le Christ vous a choisis, car c'est Lui qui vous a choisis dit Paul, pour vous donner la capacité d'un don total et vrai.
Rendez grâce à Dieu pour ce jour béni de votre mariage !
Alors vous entrerez dans la grâce même de l'Eucharistie où Jésus le véritable Epoux, le seul Epoux dit à sa bien-aimée -l'Eglise que vous êtes ici et maintenant - "mon corps pour toi, ma bien-aimée". Alors vous comprendrez que vos étreintes d'amour sont comme la liturgie du don total de vos personnes. Et donc elles sont appelées à une immense sainteté. Vous accepterez d'être grâce pour le monde, cette grâce dont le monde a tant besoin ; d'être pour vos frères et sœurs que vous allez rencontrer, sacrement du Christ et de l'Eglise. Mais cela suppose que vous rendiez grâce pour ce choix que Dieu a fait.
Vous les pères, rendez grâce et vous entrerez dans cette grâce de l'adoption. Car toute paternité est une adoption : l'évangile nous le révèle en la personne de Joseph, authentiquement père de Jésus. L'enfant ne vous appartient pas. Il vous est confié par Dieu pour que par votre Parole, votre exemple, vos exhortations et vos convictions, vous conduisiez l'enfant jusqu'à sa vie d'adulte. Si vous ne l'adoptez pas, vous l'exaspérerez au point de le décourager en voulant le faire rentrer dans votre projet.
Vous les mères, rendez grâce et vous entrerez dans cette grâce de communion que Dieu a voulue entre la mère et le fruit de ses entrailles. Contemplez Marie, elle est Immaculée Conception parce qu'elle devait être en parfaite communion avec son divin Fils. Dieu ne veut pas de mères porteuses. En contemplant Marie vous comprendrez que toute femme enceinte achève dans sa chair ce qui manque à l'Incarnation du Fils, puisque l'enfant sera baptisé, identifié au Christ.
Et vous les pères, vous comprendrez que votre devoir est de protéger la mère et l'enfant de tous les Hérode qui en veulent à la vie de ce tout petit être.
Vous les enfants, rendez grâce d'être enfants. Alors vous accueillerez la grâce de l'obéissance qui est si nécessaire à la croissance de votre foi. Et vous les jeunes, je vous le dis avec fermeté, rendez grâce à Dieu d'être jeunes. Alors Dieu vous donnera la grâce de la chasteté propre à votre état. Cette chasteté qui vous permettra d'entendre en vérité l'appel qu'il vous adressera au moment voulu - cet appel qui prendra le visage d'un autre ou du Tout Autre au moment où Lui le décidera.
Mais je voudrais aussi m'adresser à vous qui êtes veufs et veuves et je vous le dis avec respect parce qu'il en va de votre espérance. Rendez grâce à Dieu de votre état de veuvage. Alors vous entrerez dans cette grâce de l'intercession. Cette intercession qui puise dans le trésor de la communion des saints, des indulgences pour ceux qui nous ont précédés. Vous entrerez dans la joie de savoir qu'ils sont toujours plus nombreux, car ils ne peuvent que croître ceux qui, contemplant sans cesse la face du Père, intercèdent pour vous, ceux que vous avez aimés et qui sont aujourd'hui dans la gloire de Dieu.
Vous dont l'amour a été trahi, je vous le dis avec émotion mais parce qu'il en va de votre joie, rendez grâce à Dieu. Alors vous entrerez dans la grâce de la fidélité qui va jusqu'à la croix. La fidélité même de Jésus trahi par son ami, crucifié par ceux qu'Il venait d'épouser. "Père, pardonne-lui, il ne sait pas ce qu'il fait". "Seigneur Jésus, ne lui compte pas ce péché, elle ne sait pas ce qu'elle fait". Le pardon est au cœur du cœur de la vie chrétienne et c'est pour cela que le pardon est au cœur du cœur de toute vie de famille.
Et vous, chers frères et sœur de la communauté, vous qui êtes consacrés au Seigneur dans le célibat, rendez grâce à Dieu pour ce que vous vivez car vous êtes une grâce pour les familles en réorientant leurs regards. J'en ai, après quelques années d'expérience de ministère, la certitude absolue : beaucoup de couples se déchirent, beaucoup de fiancés sont incapables de rentrer en vérité dans le mystère qu'ils veulent vivre, beaucoup de jeunes sont désorientés parce que leur horizon, c'est leur tombeau. Ils se condamnent à vivre de façon désordonnée les jouissances des biens de ce monde. En vivant ce que vous vivez, vous réorientez le regard des familles et l'oraison du début de la messe disait ceci : "Donne-nous de pratiquer les vertus familiales jusqu'au jour où nous vivrons dans ta maison" et nous redirons la même chose dans la prière après la communion. J'ai constaté que dès que nous changeons le point de vue, alors tout est possible.
Alors nous comprenons que la famille est une école d'amour en vue du seul véritable Amour, le seul qui peut combler le cœur de chaque homme, le cœur de chaque femme, de chaque enfant, cet amour que nous vivrons quand nous serons tous en famille, dans une même famille dans la gloire de Dieu.
Nous sommes entrés en Eucharistie. Eucharistie veut dire action de grâce. A l'offertoire, le prêtre va demander d'affermir nos familles dans la grâce. Après la communion, nous allons reprendre cette prière de demande de grâce pour nos familles, jusqu'à ce jour béni de la résurrection. Que cette eucharistie soit une véritable action de grâce pour chacun d'entre nous afin que nous nous rendions perméable aux grâces de sainteté que le Seigneur veut donner à nos familles.
J'aurai une fois de plus, cette joie qui est la mienne, la joie de diacre, en préparant l'autel, de jeter sur l'autel chacun des membres de vos familles, de les poser sur l'autel pour que par les mains du prêtre, Jésus les saisisse et les offre à la gloire de Dieu le Père pour l'éternité, pour leur bonheur.
Gloire à celui qui a le pouvoir de réaliser dans nos familles infiniment plus que ce que nous pouvons demander et même concevoir. Gloire à Lui, dans le Christ Jésus et dans son Eglise.